CHAPITRE VII
s'écoule, la foi et l'émotion dans l'âme. Cependant la séance n'est pas encore levée, un certain nombre de membres, M. Rod. Mellet entre autres, restent près du bureau. Un étudiant en théoogie demande si l'on ne priera pas? A ce moment, entre M. Pache : « Oui, je viens donner ma démission, je ne veux point me séparer de mes frères! » Il prend la plume : « Suisje pasteur à Nyon ou à Lausanne? — Vous n'avez pas encore été présenté à Lausanne, vous êtes pasteur à Nyon l » (I signe, en ajoutant : « D'autres vont me suivre; je trouvais seulement l'adresse trop sèche, je voulais qu'on adoucît quelques termes. » M. Monnard : « Il vous faut laisser cela à la rédaction! — C'est vrai ! 1 »
On s'embrasse. M. Rod. Mellet serre M. Pache contre son cœur. M. Dumont lit deux psaumes et M. Pache prononce une belle prière. M. Rod. Mellet embrasse un étudiant en théologie et implore, sur lui et sur ses condisciples, la bénédiction de Dieu. L'un des étudiants, au nom de tous, serre la main au vieux père Leresche qui leur présente ses vœux et ses souhaits. M. Rod. Mellet remercie M. le syndic de Lausanne pour la salle qu'il a prêtée, et M. le concierge pour son obligeance! On se retire, en se disant que V église est libre. Quelques pasteurs, les derniers, restent seuls pour signer l'adresse.
Quelle démarche devant Dieu et devant les hommes! Que les pasteurs se souviennent qu'ils n'ont pas fait de la politique et que leur tâche est d'en convaincre partout leurs amis politiques! Ils ne sont d'aucun parti. Ils veulent être les pasteurs des radicaux et des conservateurs*. Dieu sera pour eux aussi longtemps qu'ils ne l'oublieront pas.
1 M. Pache marmotte entre ses dents : « M. Espérandieu a mis ses moustaches pour l'écrire. »
* Parole attribuée à M. Espérandieu.
L'acte de démission couvert, séance tenante, des signatures de cent huit pasteurs et de quarante suffragants (le nombre total s'élèvera bientôt à 185 et même 190), fut, ainsi que l'adresse aux membres des paroisses, aussitôt imprimé et largement répandu.
Voici en quels termes les pasteurs démissionnaires faisaient connaître les résolutions solennelles auxquelles ils avaient cru devoir s'arrêter :
A L'ÉGLISE NATIONALE ÉVANGÉLIQUE RÉFORMÉE DU CANTON DE VaUD.
Frères bien-aimés, membres de nos paroisses, et tidèles de cette église,
Vieillards à qui Dieu a donné la sagesse du grand âge; pères et mères, dont nous instruisons les enfants; jeunes gens, qui devez être le peuple acquis de nos églises; vous tous, dont nous sommes les serviteurs pour l'amour de Christ, écoutez et jugez la solennelle détermination que viennent de prendre devant Dieu un grand nombre de vos pasteurs.
Depuis plusieurs mois, nous en avons appelé maintes fois aux conseils de la nation pour réclamer contre les empiétements, toujours plus nombreux et toujours plus menaçants, de l'autorité civile sur les franchises de notre église et sur la liberté du ministère. Nos paroles n'ont pas été écoutées. Les classes, qui sont les conseils de l'église, ont, dans les jugements du 22 et du 23 octobre, parlé avec une unanimité qui devait être d'une grande autorité. Leur voix n'a pas été entendue; et le conseil d'état n'en a pas moins frappé les hommes qui avaient osé, s'appuyant sur la loi, défendre les droits de l'église et du ministère.
Un graud devoir nous restait à accomplir pour sauver l'église de nos pères, et aujourd'hui, mercredi 12 novembre 1845, cent cinquante-trois pasteurs et ministres, n'écoutant que la voix de leur conscience, la détresse présente et le péril de nos institutions religieuses, l'âme déchirée, mais à genoux devant Dieu, ont pris la résolution suivante, adressée au conseil d'état :