CHAPITRE PREMIER
Application immédiate de la loi du 20 mai. — Perturbations amenées par celte application dans les familles et dans la société. — Divers faits de persécution. — La loi du 20 mai contribue à la constitution de la dissidence. — Emeute à Vevey. — Ch. Rochat et Et. Durand traduits devant les tribunaux. — Ch. Rochat est banni du canton.
Les partisans de la loi du 20 mai avaient dit qu'elle était simplement ad terrorem, c'est-à-dire destinée à effrayer plutôt qu'à atteindre de prétendus coupables. Or les faits ne tardèrent pas à prouver l'inanité de cette affirmation. La loi était si peu destinée à demeurer lettre close qu'elle déploya immédiatement ses effets en sévissant d'une manière vraiment cruelle. En ce sens-là on put
à la vérité dire qu'elle était ad terrorern, car elle inaugura chez nous une ère de terreur. Injustice législative, injustice légale, commise par l'autorité qui devait être l'organe de la justice et la protection des opprimés, elle a été la source, l'occasion, la sanction de mille injustices particulières ; elle a attisé dans les familles le feu de la persécution ; elle a prêté son appui à ceux qui éprouvaient le désir de persécuter; elle les a rendus plus fermes, plus hardis dans la voie de l'injustice ; elle les a autorisés, autant que les hommes peuvent autoriser d'autres hommes, à manquer à la charité et à la justice *. Les masses dirent en parlant de ceux que la loi leur désignait du doigt : Nous aussi, nous les persécuterons ; la loi est bonne, il faut apprendre à ces genslà que dans un pays libre, chacun a le droit de tomber sur ceux qui osent énoncer leurs idées et avoir une autre manière de vivre et de servir Dieu que nous.
La loi du 20 mai était si peu destinée à ne produire qu'une crainte salutaire, que l'on vit aussitôt tous ceux qu'elle chargeait de poursuivre la nouvelle secte se mettre en campagne et déployer un zèle, une activité, assurément dignes d'une meilleure cause. Des magistrats de tous rangs, depuis le plus élevé jusqu'au plus infime, tinrent à honneur de découvrir et de dénoncer les assemblées des sectaires. Le gouvernement luimême n'eut pas honte, comme on le lui reprocha publiquement, de stimuler les magistrats trop lents à la poursuite ! Et, pour n'en citer qu'un exemple, nous dirons que dans le courant de l'année 4824-, le juge de paix de Sainte-Croix reçut du conseil d'état une lettre sévère, par laquelle on l'avertissait qu'il n'avait pas encore fait son devoir, tandis que les mômiers étaient déjà cités et traduits partout devant les tribunaux.
Il serait vraiment impossible, et si cela était possible il serait trop douloureux, de raconter tous les faits de persécution que
'Confér. Discussion publique . 1831, pag. 30.