‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 2 sur 215 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

la loi du 20 mai provoqua et toutes les perturbations qu'elle produisit soit dans l'intérieur des familles, soit dans les relations habituelles de la vie, soit encore dans les rapports sociaux en général. Les divisions, les haines, les colères, les menaces, les violences, voilà ce que cette malheureuse loi mit, chez nous, à l'ordre du jour pendant des années, faisant ainsi du plus beau pays du monde un séjour insupportable pour beaucoup de ses enfants !

Ici, par exemple, c'est une jeune fille qui, ayant manifesté des sentiments de piété, est traînée par les cheveux par sa mère, tandis que son père menace de la jeter par la fenêtre. On lui refuse de la nourriture ; on l'enferme dans une chambre où elle reste, sans couvertures de lit, malgré la rigueur du froid. Là, c'est un pasteur qui, pour attaquer les chrétiens indépendants, prend pour texte de son sermon : Le méchant fait une œuvre qui le trompe, et dont la colère étouffe par moment la voix. «Les misérables, s'écrie-t-il, en désignant les victimes de la loi , qui ne veulent que Jésus-Christ, qui rejettent le Père, ils croient qu'ils seront sauvés devant le tribunal de Jésus-Christ, mais ils tomberont devant le tribunal de Dieu qui les jettera loin de lui l » — Dans une petite ville des bords du lac, deux jeunes gens orphelins, deux frères, sont à cause de leur piété mis à la porte par leur grand-père. Ils demandent à être reçus de nouveau chez lui. Le grand-père refuse parce qu'il ne veut pas que sa maison devienne Y asile des fous de mômiers! Le juge de paix que ces jeunes gens supplient d'interposer ses bons offices» les gronde, et ne sait leur conseiller autre chose que de renoncer à leurs opinions religieuses, sans se laisser séduire par ces sectaires !

Dans une localité populeuse de la montagne, les chrétiens sont obligés, pour fuir l'inquisition (sic), de se réunir sur les terres d'un état voisin. Deux fois, ils ont été assaillis de pierres ; mais bien qu'on les leur jetât à bout portant, aucun d'eux n'a été blessé. Quelques jours auparavant, ils avaient été poursuivis

par plusieurs hommes armés de longues fourches et menaçant de les dénoncer aux tribunaux. — A la Côte, un homme parfaitement inoffensif, mais pieux, se voit en butte à des mauvais traitements qui l'obligent à quitter la contrée. Le jour de l'avanlrevue des milices, un soldat le tire hors des rangs et le menace de le percer de sa baïonnette. Les camarades qui les entourent excitent ce fanatique ; ils lui disent : Mange-le! ils apostrophent un des leurs nommé Christ, et, en lui montrant l'homme que l'on menaçait de pendre, ils lui crient en ricanant : Christ, sauve-le !

Mais nous n'en finirions pas si nous voulions raconter toutes les horreurs auxquelles on se livra, à peu près partout, contre les gens pieux et honorables que les mesures du gouvernement venaient de mettre hors la loi 1 II faudrait faire l'histoire de ces charivaris innombnables, de ces coups de feu tirés contre des chrétiens, de ces scandales publics ou privés, de ces cris, de ces imprécations, de ces scènes de désordre, de ces plaisanteries de cannibales quifaisaient dire à des voyageurs étrangers, en passage chez nous, que cela était digne de la populace de Naples ou de Madrid. Déjà un trop grand nombre de ces faits nous occuperont nécessairement, à mesure que nous verrons les tribunaux de districts appeler à leur barre les délinquants à la loi du 20 mai, et que nous entendrons les dépositions des témoins et des accu sés eux-mêmes. C'est, en effet, dans les procédures des tribunaux que se trouve l'histoire officielle des résultats de la loi, et c'est en dépouillant ces nombreux et volumineux dossiers, que l'on parvient d'une manière sûre à la connaissance détaillée des faits.

La loi du 20 mai n'avait point donné le coup de mort aux réunions religieuses en dehors de l'église nationale, mais, dès

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