‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 101 sur 215 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

surtout à Corseaux l. Des propos impies et scandaleux trahissaient également les dispositions de la multitude. Au milieu de cette agitation, les réunions du premier lundi du mois, ces centres d'activité et de vie, se multipliaient et se développaient de mois en mois. Celle du 1er lundi de février à Vevey, compta cent cinquante personnes. Le mois suivant, l'afïluence du monde à la réunion fut si grande que l'on dût partager celle-ci en deux Mais la seconde fut troublée par un adversaire acharné qui avait, déjà dans les années précédentes, causé beaucoup de mal aux chrétiens de Vevey. Il y avait foule devant le local du culte, les assistants furent accompagnés de huées, de cris, d'injures; des pierres furent lancées contre eux, plusieurs même reçurent des coups. Le chef de la police aurait craint de se compromettre en disant ou faisant quelque chose pour dissiper cet attroupement. Le juge de paix ne vint pas, mais M. Et. Durand, mandé auprès de lui, entendit de la bouche de ce magistrat des paroles de mépris pour les fidèles. On les traitait réellement comme la balayure du monde. Le juge voulait que M. Durand fermât sa porte à tous ces gens, « ces vagabonds, ces paresseux de la paroisse de Corsier. 2 »

Le 5 février, les frères de Saint-Triphon furent troublés par une visite domiciliaire faite sur l'ordre du juge de paix d'OIlon. Les commissaires, délégués par ce magistrat, déclarent dans leur rapport, qu'à leur arrivée au lieu de la réunion, « Griffond,

1 Dans ce village, on alla jusqu'à pendre un mannequin avec un écriteau portant ces mots; Le roi des mômiers crucifié pour l'éternité (M). Un autre mannequin, dans les mains duquel on avait placé des traités religieux, devait représenter M. Vulliémoz, le ci-devant pasteur de Corsier {Simple narré). — Cela rappelait le porc de fkle.

* Simple narré.

celui que nous connaissons déjà, prononçait à haute voix et sur un ton très pathétique, une oraison adressée à Vétre suprême.» Les officiers judiciaires ne voulurent pas, disent-ils, « entrer avec ces sectaires dans une discussion théo logique, » (!!) mais ils leur donnèrent l'ordre « de ne plus s'assembler désormais pour motif de religion que dans les temples des fidèles. » (11). L'un des délégués du juge, en entrant dans le lieu de culte, s'écria : « Nous venons ici au nom de la religion du gouvernement 1 » Mais un homme d'entre les assaillants, qui voulait tuer Mme Des Ruvynes d'un coup de fusil, devint plus tard, selon l'expression du principal accusé, le tailleur de pierres Griffond, « un frère en Christ, » et subit à son tour la persécution à laquelle s'exposent tous ceux qui veulent vivre selon la piété qui est en Jésus- Chrish

L'enquête faite par le juge de paix d'Ollon fut transmise au tribunal d'Aigle; les prévenus furent défendus par M. Henri Olivier, dont ils avaient fait choix pour cela. Celui-ci, dit la procédure, fut entendu fort au long. En appel (1er mai 1827), l'accusateur public en chef débuta ainsi : « La cause actuelle nous offre un nouvel exemple delà direction fâcheuse que peut donner à la conduite de gens d'ailleurs honnêtes, une disposition déplorable à ne voir dans ce monde qu'une seule chose digne d'intérêt, etc. » (1 1) Pichard et Griffond, considérés comme les principaux coupables , furent condamnés chacun à 50 fr. d'amende et solidairement aux frais, qui se montèrent à quatorze louis. Les autres prévenus furent libérés sans dépens. La petite église de Saint-Triphon, bien loin d'être ébranlée ou arrêtée dans sa marche, puisa, dans la persécution même dont elle était l'objet, une nouvelle force et une nouvelle vie.

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