CHAPITRE XX
Dans les premiers mois de l'année 1827, la contrée ù'Oron et de Palézieux devint le théâtre de scènes très regrettables et de violences dirigées, non pas contre les dissidents, mais bien contre des pasteurs de l'église nationale. Le réveil qui avait suivi la prédication des pasteurs Vallouy, à Palézieux, Paul Monneron, à Oron, et Verrey, à Maracon, avait tout naturellement rencontré une forte opposition de la part du monde.
Vallouy était un homme froid, réservé, taciturne, mais humble, modeste, plein de cœur et digne de toute sorte d'éloges, dévoué et consciencieux1. Son ministère fut à ce point béni, que l'on dut, à cette époque, rebâtir et agrandir le temple de Palézieux 2. Ce pasteur jouissait pleinement de la considération de sa paroisse. Après 4824-, il institua des réunions particulières d'édification qui ne se composèrent d'abord que de trois hommes. Ces trois-là en amenèrent d'autres ; puis des jeunes filles se convertirent et alors l'opposition commença. Les ennemis de l'Evangile se livrèrent à l'égard de Vallouy à des indignités dont nous aurions honte d'entretenir nos lecteurs. Au reste, les manifestations hostiles prouvaient la réalité du mouvement religieux dont cette paroisse était favorisée, et, à ce point de vue, tout au moins, elles étaient un signe réjouissant. Aussi, le pasteur de Palézieux, écrivant à ses collègues de la Correspondance fraternelle, leur disait-il (27 avril 1827) : « Dieu, dans sa miséricorde, a fait pleuvoir la justice dans cette contrée ; bien des âmes se sont réjouies d'avoir trouvé le salut. Il y a une année, j'étais triste et découragé; je disais en moi-même:
1 II est l'auteur du traité intitulé : Le grenadier Félix.
* Vallouy rétablit également une prière publique qui, depuis très longtemps, était tombée en désuétude, faute d'assistants.
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Voilà déjà deux ans que tu annonces la bonne nouvelle à ces pauvres gens et personne ne veut l'entendre... Si seulement je voyais une seule âme convertie à Dieu, combien j'aurais de joie. Et le Seigneur qui fait infiniment plus que tout ce que nous pensons, s'est tout à coup formé un peuple parmi nous. Un grand nombre de personnes ont cru de cœur en Jésus et les fruits de la foi se sont bientôt fait remarquer chez elles... J'ai eu la joie de voir tous ces chers frères et sœurs demeurer fermes au milieu de l'opprobre, et s'attacher avec plus de zèle encore que du passé à la bonne part qui ne leur sera point ôtée. Les paroisses d'Oron et de Maracon sont aussi visitées par le Seigneur et dans cette dernière, où il y avait moins de réveil que dans les autres, plusieurs personnes se sont manifestées depuis peu...
« Il y a sans doute aussi beaucoup d'adversaires ; le réveil ne se manifeste guère sans provoquer une opposition plus ou moins violente et il y a certainement beaucoup d'irritation contre l'Evangile et contre ceux qui veulent suivre Jésus. Cependant le culte public n'est pas abandonné; il est, au contraire, plus suivi que du passé, ce qui me donne quelque espérance, car c'est encore quelque chose que d'avoir un moyen de faire entendre la bonne nouvelle à ceux qui la repoussent... Le réveil qui s'est manifesté dans cette contrée, a été produit par la bénédiction de Dieu , au moyen des frères laïques qui avaient cru au Seigneur.»
L'opposition violente dont parle Vallouy se manifesta par des charivaris, des menaces, des coups de feu même, tirés contre la chambre du pasteur. Le Nouvelliste vaudois, en racontant ces faits, s'élève fortement contre les ennemis de la liberté religieuse. « Un réveil évident, dit-il, s'est manifesté à Palézieux. De là des scènes de désordre, honteuses et violentes. Jusqu'à ce jour, on n'a entendu parler ni de punition, ni d'enquête l. »
1 Nouvelliste vaudois. 1827, 22 juin.