CHAPITRE XX
la cure, d'avoir fait passer sa balle au beau milieu de la porte. Celle-ci, en effet, portait, il y a quelques années encore, les marques de cet acte de sauvagerie. Un autre jour, M. Monneron fut l'objet d'une agression au coin d'un bois. On lui tira un coup de fusil à poudre, pour l'effrayer.
A la vérité, sur les informations qui lui avaient été données, le conseil d'état avait pris quelques mesures pour réprimer les désordres commis et pour en prévenir de nouveaux. Toutefois, aucun des agresseurs n'avait été découvert. Il avait été impossible d'arriver à un résultat positif, parce que le juge de paix du cercle, complice lui-même de l'agression dirigée contre la cure d'Oron, prétendit que le propos attribué à un individu n'avait pas été tenu par lui.
A la vue de tels faits, on était donc autorisé à dire que l'opposition ne venait pas tant du peuple, qui, dans celte contrée, était assez bien disposé, comme de quelques mauvais sujets qui faisaient le train parce qu'ils savaient les principaux du lien très opposés au mouvement religieux4. C'était bien là, semble-t-il, l'opinion à laquelle le Nouvelliste vaudois était arrivé, du moins si nous en jugeons par les lignes suivantes écrites à l'occasion des scènes d'Oron et de Palézieux : « Les chefs que Dieu nous a donnés finiront par voir que les gens religieux qui tiennent à s'édifier mutuellement et à s'encourager à la pratique de ce qui est juste, n'ont aucune vue cachée et sont des citoyens soumis et fidèles; qu'ils ne troublent pas, mais qu'ils sont troublés, et que les désordres cesseront quand on cessera de mettre au nombre des délits les paisibles réunions de ceux qui ont à cœur de vivre selon la piété et de s'exciter à faire de bonnes œuvres. Un temps viendra, sans doute, où nous obtiendrons, comme d'autres peuples, la liberté religieuse, ou du moins une large tolérance, complément nécessaire, pour notre tranquillité
1 Simple narré.
intérieure et notre bonheur social, de la liberté politique que nous avons »
A l'ouïe de ce qui s'était passé dans le district d'Oron, les pasteurs vivants éprouvèrent une douloureuse émotion qu'ils s'efforcèrent défaire partager à leurs collègues, membres des classes du clergé. Le colloque de Morges, le premier, ressentant une vraie tristesse de ce que le conseil d'état avait défendu à de respectables pasteurs de réunir dans leurs cures leurs paroissiens, pour les édifier ,décida d'attirer l'attention de la classe sur les circonstances où se trouvaient quelques pasteurs et sur les atteintes portées à leurs attributions et à leur caractère. Un projet d'adresse fut communiqué aux deux autres colloques de la classe de Morges et Nyon, et celle-ci, dans sa réunion du 6 juin suivant, présenta effectivement ses doléances sur les circonstances fâcheuses où s'était trouvé le pasteur de Palézieux8. La veille de ce jour, la classe de Lausanne et Vevey étant assemblée et ayant pris connaissance du rapport sur la visite des églises de Palézieux et d'Oron, jugea les faits assez graves pour qu'il y eût lieu de les notifier officiellement au conseil d'état, afin qu'il veillât, dans sa sagesse, à ce que de tels faits ne se renouvelassent pas 3.
Il y a, dans ces démarches d'une partie du clergé, la marque d'un progrès assez notable. On se rappelle, en effet, qu'en 18°24, une pétition en faveur du retrait de la loi du 20 mai n'avait recueilli qu'un petit nombre d'adhésions parmi les pasteurs nationaux. Maintenant, il n'en est plus de même et la
1 Nouvelliste vaudois. 1827, n° 52, 25 juin.
• Registres de la classe.
* Idem.