‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 103 sur 215 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Cependant le lieutenant du conseil d'état s'était transporté à Palézieux et avait cru pouvoir défendre aux paroissiens de M. Vallouy de se réunir plus de deux à la fois pour lui rendre visite. Il avait même écrit à ce pasteur la lettre ci-dessous qui, on le verra , appuyait d'une argumentation absurde l'interdiction absolue des réunions religieuses hors du temple \

Moudon, 19 février 1827.

Monsieur le pasteur,

Le conseil d'état ayant pris connaissance du rapport que je lui ai fait, ainsi que de la lettre que vous m'avez adressée le 9 courant au sujet des assemblées religieuses qui ont eu lieu dans votre paroisse, et des désordres, soit charivaris qu'elles paraissent avoir occasionnés, me charge de vous faire savoir : Que le conseil d'état n'a pu se méprendre sur le caractère et le but des assemblées religieuses qui ont eu lieu dans votre maison ou dans d'autres maisons particulières, et auxquelles vous avez assisté ; que la loi du 20 mai 1824 avait précisément en vue des assemblées de cette espèce, en prohibant l'introduction et la propagation d'une nouvelle secte, dont les actes troublaient la paix de l'église, l'union des familles et l'ordre public; que Ton ne saurait confondre ces réunions nombreuses avec les visites pastorales, que les ordonnances ecclésiastiques recommandent à messieurs les pasteurs envers leurs paroissiens qui ont besoin de secours spirituels, et particulièrement envers les malades ou affligés; que le conseil d'état saura toujours distinguer et apprécier les actes d'un pasteur lorsqu'il remplit ce devoir, ou lorsque, au contraire, contre le texte exprès des ordonnances ecclésiastiques, il se permet de provoquer et de diriger chez lui ou ailleurs, des assemblées plus ou moins nombreuses, où il pratique des actes qui appartiennent au culte public de l'église; que de telles assemblées, lors même qu'elles ne se composeraient pas de sectaires, seraient encore contraires aux ordonnances ecclésiastiques qui prescrivent expressément que toutes les fonctions qui doivent se faire dans chaque église étant déterminées par un règlement particulier, les pasteurs doivent s'y conformer, et qui défendent de changer les heures fixées pour les exercices de dévotion; que

1 Dans sa Notice sur A. Rachat, M. L. Burnier transcrit deux lettres de Vallouy qui donnent une juste idée de la position des pasteurs nationaux en 1827.

vous, monsieur le pasteur, ne serez pas embarrassé sur la nature de vos devoirs et la limite de vos fonctions, comme pasteur de l'église nationale, quelle que puisse être votre opinion particulière, si vous voulez vous rappeler que, placé au poste que vous occupez par la confiance du gouvernement et salarié par l'état, vous devez vous conformer strictement aux lois qui régissent votre office, célébrer le culte tel qu'il a été établi, et vous abstenir de nouveautés qui peuvent avoir la funeste conséquence de troubler l'ordre public; qu'assurément le conseil d'état n'entend point gêner la conscience, ni contraindre un pasteur à garder son poste, lorsque son opinion intérieure ne serait pas d'accord avec la nature des fonctions qui lui ont été confiées; mais que la ferme volonté du gouvernement étant d'assurer la paix de l'église en maintenant nos institutions telles qu'elles existent, il doit empêcher qu'un pasteur, au lieu de concourir à ce but, donne lui-même un exemple contraire; que le conseil d'état espère que cette simple exhortation suffira pour vous faire sentir la nécessité de ne pas vous écarter des lois et des ordonnances, et de concourir vous-même , par votre exemple et par votre prudence, à leur observation ainsi qu'au maintien du bon ordre.

Recevez, etc.

Duveluz.

A Oron, avaient eu lieu des scènes toutes semblables à celles dont Palézieux avait été le théâtre. M. Monneron, qui était arrivé en 1822 dans celte paroisse, y voyait son ministère béni de Dieu. En 4825, il avait institué, lui aussi, des réunions particulières d'édification. Pas plus que Vallouy et d'autres jeunes ministres évangéliques, le pasteur d'Oron ne s'était cru tenu de se mettre sous le joug de la loi du 20 mai. Mais, lorsqu'en 1827 la conversion de quelques âmes eut irrité les gens du monde, l'opposition devint très violente et l'on alla même jusqu'à assaillir la grande cure, domicile de M. Monneron. La porte du presbytère servit de but à des coups de feu et un homme, armé d'un fusil, se vanta en rentrant dans le cabaret situé en face de

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