CHAPITRE XXI
Le gouvernement provoque par ses mesures la formation contre lui-même d'une opposition dans le sein du clergé. — Affaires Vullièmoz et Vionnet, à Yverdon. — Protestation de quelques pasteurs et inertie des classes. — Hésitation des pasteurs nationaux fidèles sur la conduite à tenir vis-à-vis des séparés. — A qui demander le rétablissement de la discipline? — Inutilité des tentatives faites pour agir sur les classes et par elles sur le gouvernement.
On peut dire que le gouvernement travaillait selon son pouvoir à former contre lui-même, dans le sein dn clergé, une opposition qui serait toute au profit des besoins d'indépendance et de réforme qui se faisaient jour ; une opposition qui tournerait à l'avantage de l'église elle-même, de son développement spirituel et de sa vie intérieure. En effet, dans le temps même où les pasteurs d'Oron et de Palézieux avaient à subir les violences d'un peuple aveuglé et encouragé par ses propres magistrats, les ministres Vullîémoz et Vionnet, à Yverdon, étaient les victimes de la sévérité du gouvernement.
Le dimanche 6 février, M. Vulliémoz, stationnaire à Yverdon, était surpris dans la maison d'un boulanger, tandis qu'il y était occupé à édifier une vingtaine de personnes, dont deux étaient séparées! Sans forme de procès, le conseil d'état prétendant, entre autres choses, que M. Vulliémoz avait « déjà donné précédemment des preuves de son exaltation, » arrête que cet imposilionnaire est privé du poste qu'il occupe à Yverdon et suspendu de toute fonction ecclésiastique pendant une année1.
En communiquant à ses abonnés cette décision du gouvernement, le Nouvelliste vaudois demande, après bien d'autres, que l'on précise, dans l'exécution de la loi du 20 mai, les notions de secte et de sectaires. Ce journal voudrait que l'on ne considérât comme sectaires que les séparatistes. Est-il permis, demander il, à un pasteur de voir ses paroissiens, de leur lire la Bible, etc.? M. Vulliémoz a ramené ainsi des dissidents à l'église nationale. Et quant à Yexallation, le Nouvelliste pense qu'il n'est guère possible de baser, en tout ou en partie, sur ce prétendu délit, une accusation légale*. Le lendemain, le même journal, revenant à la charge, affirmait que la loi avait été violée parle conseil d'état Celui-ci aurait dû déférer M. Vulliémoz aux tribunaux. Ainsi il y avait eu, de la part de l'autorité civile, un écart formel de la loi du 20 mai. Ensuite, même administrativement, on n'avait point suivi les formes, ce qui n'est, disait le Nouvelliste, jamais d'un bon exemple. Les stationnaires relevant de l'académie, il aurait effectivement fallu déférer la chose à ce corps. La conduite du conseil d'état était donc une entorse donnée à la marche réglementaire.
M. le ministre \ionnet n'avait point édifié des séparés, mais,
* Circulaire du landammann Secrélan aux classes. 17 février 1827.
* Nourelliste vaudois. 1827, n° 19, 16 mars.