‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 113 sur 215 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

voir la vie pénétrerde plus en plus le corps de l'église à laquelle il appartenait, poussèrent M. Burnier à faire une tentative qui devait avoir par la suite de très sensibles et de très heureuses conséquences.

Nous avons vu combien le clergé vaudois était peu uni, peu lié, ou plutôt combien les liens qui étaient censés en unir tous les membres étaient lâches et insignifiants. Telle avait été la volonté du souverain, sous le régime de Leurs Excellences, et telle avait été l'intention formelle des gouvernements qui avaient succédé aux Bernois dans l'administration de l'église nationale. Mais sans lien, sans union, il n'y a pas de force et c'est là ce qu'avaient senti, dès l'origine du réveil, les jeunes ministres qui avaient eu à souffrir d'autant plus de la tyrannie gouvernementale, qu'ils étaient plus isolés. C'était ce qu'avaient senti, plus tard, les membres du jeune clergé qui, parvenus à une intelligence plus saine de l'Evangile et des besoins de l'église, s'étaient unis pour travailler en commun à une œuvre de relèvement et avaient fondé la Correspondance fraternelle dont nous avons déjà si souvent invoqué le témoignage. Mais, malgré les services et les secours incontestables qu'elle leur rendait, la correspondance ne pouvait, cependant, combler une lacune très sensible dans les rapports des pasteurs évangéliques entre eux ; elle ne pouvait suppléer au besoin de se voir, de s'entretenir ensemble, d'échanger des idées. La correspondance accomplissait trop lentement le cercle habituel de ses évolutions et bien des idées importantes étaient, par conséquent, passées sous silence ou à peine mentionnées. Il fallait donc pourvoir d'une autre manière à ce qui manquait et c'est alors que l'idée de Conférences fraternelles naquit dans l'esprit, probablement de plusieurs jeunes pasteurs à la fois, mais, en particulier, dans l'esprit de M. L. Burnier. Voici, en effet, la circulaire que, de concert avec MM. Dupraz et Jayet, ce pasteur rédigea etadressa au printemps de 1827 à ceux d'entre les membres delà Correspondance qui occupaient un poste classique.

Chers frères!

Les progrès croissants de la dissidence et le malaise toujours plus grand que quelques membres de l'église nationale éprouvent à y demeurer, nous paraissent imposer aux serviteurs fidèles de Christ et aux amis sincères de notre église, l'obligation de s'occuper sérieusement de ce qu'il y aurait à faire pour rendre nos institutions ecclésiastiques plus conformes à la Parole de Dieu et plus favorables au libre développement de la piété qui est en Jésus-Christ. C'est dans ce but que nous nous permettons, chers frères, de convoquer une réunion à Lausanne pour le 13 avril, à 9 heures du matin (où?). Nous adressons cette invitation aux frères pasteurs V. Mellet, Grenier, Monneron, Vallouy, Dapples, Manuel, Golliez, R. Mellet, Laurent, Brousson, Decoppet, Monnerat, Gauthey, Germond, Gonthier, L. Leresche, Dumur et Terrisse. Nous les prions tous d'amener avec eux, ou d'envoyer un ou deux frères laïques ou ecclésiastiques, pasteurs ou ministres impositionnaires, qui soient liés avec nous par une même foi et qui éprouvent comme nous le besoin de plus de liberté pour servir le Seigneur. Nous espérons, chers frères, que vous répondrez à cet appel, ou du moins que vous nous aiderez de vos prières.

(Signatures.)

Le lecteur remarquera la nature des motifs qui poussèrent les auteurs de la circulaire ci-dessus à faire appel à leurs frères : d'un côté, les progrès de la dissidence, qui attirait, tout naturellement à elle les âmes réveillées que le régime sous lequel gémissait l'église nationale ne pouvait en aucune façon satisfaire et qu'il éloignait bien plutôt de cette église, et, de l'autre, le malaise que ressentaient toujours plus, non-seulement de simples membres de l'église nationale, mais encore plusieurs de ses ministres, et le scrupule qu'ils éprouvaient à demeurer plus longtemps dans une église privée de discipline et de liberté; dans une église, au nom et au profit de laquelle le gouvernement persécutait des chrétiens. Ce n'était sans doute pas de ce

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