‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 120 sur 215 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

pour rassembler les élus du Seigneur. L'académie prenait une toule autre face. M. Fabre, suppléant du professeur de théologie dogmatique, exposait fidèlement les doctrines de la grâce de Dieu. Les étudiants en théologie, plusieurs de ceux de philosophie et de belles-lettres formaient des sociétés d'édification. Enfin les églises fidèles s'étaient accrues de toutes manières. Outre celles de Lausanne, Vevey, Yverdon, Sainte-Croix, Orbe, La Vallée, Nyon, Aubonne, il y en avait à Saint-Triphon, Oron, Lucens, Corcelles, Moudon, Rolle et Morges. Ces églises avaient fait de grands progrès dans leur organisation. Les disciplines particulières avaient été mises de côté et remplacées par la seule Parole de Dieu. A Lausanne, en particulier, les frères Olivier (Henri) et Fivaz avaient été appelés à la charge de pasteurs. Le local des assemblées, qui était devenu trop petit, fut transporté sur la Palud, dans la maison Creux1. Les assemblées étaient nombreuses et il y avait eu par ce moyen des conversions jusque parmi les proposants qui les fréquentaient. »

Voilà, certes, un tableau bien fait pour donner une idée réjouissante des progrès religieux qui s'élaienlaccomplis au milieu de nous, malgré les obstacles de diverse nature que l'extension du règne de Dieu y avait rencontrés et peut-être aussi, à cause même de ces obstacles qui augmentaient le zèle quand ils ne parvenaient pas à l'étouffer. Les dépositions de M. Fivaz, sont confirmées du reste par le témoignage des faits et par celui d'autres personnes. A Vevey, entre autres, ce lieu célèbre par l'opposition qui y avait été faite aux assemblées religieuses extra-légales et aux membres de ces assemblées ; à Vevey, disonsnous, les réunions de missions, ainsi que d'autres réunions qui avaient lieu le jeudi, voyaient, de semaine en semaine, augmenter le nombre de ceux qui y assistaient. Bien plus, un signe vraiment caractéristique du progrès qui s'était accompli, c'est

1 Cette maison appartient actuellement à la ville de Lausanne.

que les ministres nationaux de la ville et des environs se rapprochaient de plus en plus des ministres dissidents; on les vit même participer ensemble à une réunion de missions et édifier tour à tour l'assemblée. La même personne qui, quelques années auparavant, avait vu se fondre, sous l'influence des pasteurs de la ville, l'école qui était son gagne-pain, Mlle Brun, était demandée par ces mêmes pasteurs pour diriger une école de petits enfants. Aussi, au récit de ces faits, l'auteur du Simple narré que nous avons souvent cité, s'écrie-t-il : a Dieu change les cœurs M »

Cependant, tout en tenant compte des faits que nous venons de raconter, il ne faudrait pas s'imaginer qu'au point de vue moral et religieux, l'état général du pays fût très sensiblement modifié; peut-être même ne l'était-il qu'en apparence et à la surface. De tristes démentis ne devaient pas tarder à être donnés aux espérances que plusieurs avaient sans doute trop légèrement conçues. Au témoignage même des personnes les plus disposées à voir les choses en beau, la situation générale laissait encore beaucoup à désirer. Sans parler de la non-prise en considération des pétitions adressées du Chenil et de Vevey au grand conseil, aux fins de provoquer l'abrogation de la loi du 20 mai2, nous pourrions invoquer les aveux faits à cette époque

1 C'est aussi un peu avant cette époque, nous le croyons, que Charles Rochat publiait, sans nom d'auteur, le traité intitulé : Le retour de la foire, ou dialogue entre un magistrat et son voisin, qui fait bien connaître les principes dogmatiques •ît disciplinaires des églises dissidentes , nées du réveil , en même temps qu'il rappelle les accusations et les persécutions dont ces églises ont été les objets et qu'il réfute les premières. Or, cetle affirmation assez nette de principes et de droits jusqu'alors si méconnus ou si repoussés, paraissait pouvoir se faire sans réveiller d'hostilité.

* Gazette de Lausanne, 1828, 6 juin.

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