‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 121 sur 215 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

au sein des assemblées générales des diverses sociétés religieuses. Beaucoup de gens, dans notre pays, regardaient le Nouveau Testament uniquement comme un livre d'école, bon seulement pour les enfants. Le culte de famille était encore très négligé parmi nous, etc., etc1. Et même, l'année suivante, le professeur Levade pouvait s'écrier au sein de l'assemblée générale de la société de Bible : « Le fléau effrayant de l'ivrognerie avilit notre patrie en entraînant à sa suite la profanation du nom de Dieu, les jurements, la paresse, l'impureté, l'adultère, les meurtres, la mauvaise foi et la mendicité; en telle sorte que la grande majorité des procès criminels portés au tribunal d'appel ont pris naissance dans les cabarets ou cbez des malheureux échauffés par les excès du vin 2. »

Chez les dissidents, tout n'allait pas non plus au mieux et il y avait telle de leurs églises, celle d'Yverdon, dont la marche pouvait inspirer déjà de sérieuses inquiétudes.

Antérieurement déjà, nous avons fait connaissance avec le pasteur Lardon. C'était le temps où il exerçait son ministère à Bière et où, pressé par des scrupules insurmontables, il se retirait du service de l'église nationale. Ceci se passait au commencement de 1827. Dès lors, Lardon, qui faisait de fréquents voyages à Yverdon, où sa femme malade était soignée par le docteur Develey, se rapprocha lui-même de plus en plus de ce dernier. Il ne tarda même pas à devenir le pasteur de l'église dissidente de cette ville et, sous sa direction, cette église prit un grand développement. Mais bientôt on en vint à ambition-

4 Paroles de MM. Descombaz, et Rod. Mellet. — Société biblique auxiliaire, 1828. 1 Voir encore sur l'état moral du canton en ces années-là, un article de la Feuille religieuse de 1827, sur les communions.

ner les pouvoirs miraculeux et le don de prophétie et, en 1828» un évangéliste de celte église s'imagina posséder le pouvoir de chasser les démons et d'annoncer l'avenir l. Les manifestations prophétiques désirées ne tardèrent pas à avoir lieu, et l'église fut ainsi lancée dans une voie dangereuse dont nous aurons plus tard à constater les lamentables résultats, « Lardon, au témoignage de M. Bost, était un homme très pieux et fidèle, mais d'un caractère entier. Il devenait, depuis quelques années, de plus en plus étroit et absolu. Dans ce temps, il tombait dans un piège spécieux : « Je ne veux plus écouter les hommes, disaitil, mais seulement cte (sic) bonne bible l » En la lisant, il la lisait toujours en compagnie d'un homme, c'est-à-dire, de luimême. Il eut le malheur, une fois établi à Yverdon, d'être poussé dans son propre sens par un homme aussi sincère, aussi dévoué, mais aussi absolu et aussi ardent que lui, le Dr Develey. Ils se montèrent réciproquement 2. »

La dissidence, malgré ses progrès incontestables, trahissait donc déjà plus d'un côté faible el, en particulier, un certain manque d'équilibre, l'absence d'un contrepoids nécessaire à l 'absolutisme même de ses principes et de leurs conséquences. La suite de celte histoire nous montrera mieux encore ce qui lui a manqué pour se développer d'une manière tout à fait normale, pour s'asseoir solidement et pour s'assurer à elle-même une existence plus longue. Du reste, nous allons la voir bientôt aux prises avec de sérieuses difficultés qui, bien qu'extérieures, sêmbïe-t-iî, n'en seront pas moins en partie les conséquences de principes trop accentués par elle, ou qui auraient exigé, dans leur application, une mesure de sagesse et de prudence peu commune.

1 De Goltz : Genève religieuse au XIXe siècle. • Bost : Mémoires, II.

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