CHAPITRE XXVII
et distinclifs de l'église chrétienne, le prosélytisme ; c'est alors que, d'une façon toute spéciale, elle voulut être une église missionnaire. Déjà, dans le courant de cette même année, les églises qui s'appelaient disciplinées, avaient chargé un frère d'Yverdon de faire des tournées d'évangélisation dans la contrée qu'il habitait, et, ce frère, M. le ministre Vulliémoz , qui s'intitule lui-même missionnaire pour les églises, avait profité du calme dont le pays jouissait momentanément pour visiter diverses localités. Dans ses lettres, il parle entre autres choses des « âmes qui lui ont été données dans la maison de notre sœur Masset, à Montavaux, rière Yverdon. » Cette excellente chrétienne l'avait reçu dans sa maison en qualité de prophète, et elle avait ouvert sa porte « à l'église dispersée dans les quartiers qu'elle habitait. » C'est chez elle que M. Vulliémoz avait rencontré, l'ancien antagoniste du doyen Curtat, M. Duplessis- Masset, qu'il appelle Duplessis le mineur, pour le distinguer sans doute de son frère, M. Duplessis-Prévost, de Nyon, et dont il ditqu'il a travaillé avec lui dans le ministère l. On sait, en effet, quelle position toute particulière les deux frères Duplessis ont occupée pendant longtemps au sein de la dissidence vaudoise. Abstraction faite de ces détails secondaires et surtout du langage quelque peu affecté et emphatique propre à M. Vulliémoz, langage qui a pu mériter, ajuste titre, l'épithèle de patois de Canaan, il semblerait qu'une œuvre intéressante de réveil et d'évangélisation se poursuivait alors par les soins des frères dissidents en certaines contrées de notre canton. Ceci les encouragea sans doute à continuer cette œuvre et à l'étendre à d'autres contrées, en conférant à un frère que l'on jugerait qualifié pour cela, une mission en règle.
1 Fivaz. Mémoires.
Sur ces entrefaites, il fut convenu que les églises disciplinées de la Suisse française réuniraient à Lausanne des députés, dans le but de s'occuper des intérêts de ces églises. En effet, le 6 et le 7 novembre, les députés élus par les diverses congrégations se rencontrèrent à Lausanne chez le frère Henri Olivier, et cette espèce de synode dura deux jours. Au reste, nous ne saurions rien faire de mieux que de transcrire ici ce que l'un des membres de l'assemblée, M. le ministre Marc Fivaz, en raconte luimême dans ses Mémoires inédits :
« Plusieurs membres des assemblées étaient pressés de travailler à l'œuvre des missions d'une manière plus directe et active. Le frère Brun étudiait à Genève pour les missions païennes et, quoiqu'ils se retirassent du service de l'église, le frère Vulliémoz annonçait de lieu en lieu l'Evangile dans le canton et le frère Rigot, de Begnins, se préparait pour une mission dans le canton. L'église d'Yverdon dirigeait les études de Samuel Dentan qui désirait se consacrer aux églises du Seigneur. Dans l'assemblée du 6 novembre, on s'entretint de toutes ces choses et le frère Ch. Rochat, pasteur de l'église de Vevey, proposa d'envoyer le frère Lenoir, de Villeneuve, pour annoncer la parole sur les grands chemins et dans les villages. Cette proposition fut acceptée unanimement sur les rapports favorables qui furent faits du frère Lenoir par tous ceux qui le connaissaient. Il est certain que ce frère avait reçu de grands dons du Seigneur, celui de la prière entre autres. Il parlait avec simplicité, sans beaucoup de mots, avec clarté et avec vie des doctrines de l'Evangile ; il avait déjà parcouru avec succès les Ormonts, le Paysd'Enhaut, les environs de Vevey, de Villeneuve, etc. Sa santé qui déclinait ne lui permettait presque plus les gros ouvrages