‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 132 sur 215 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

delà vigne. L'église de Vevey jugea qu'il avait vocation spéciale du Seigneur pour annoncer l'Evangile dans les campagnes. Il fut donc convenu que les églises concourraient à l'entretien de Lenoir et de sa famille, sous la direction de l'église de Vevey. »

Ensuite de cette décision de l'assemblée de Lausanne, on donna à Lenoir une lettre de recommandation pour les frères des diverses églises qu'il pourrait visiter sur sa route. Cette lettre a en un retentissement assez grand pour que nous la transcrivions intégralement ; la voici:

« L'église constituée selon la Parole du Seigneur qui s'assemble à Vevey, aux troupeaux constitués selon la Parole du Seigneur en divers lieux de notre chère patrie: Paix vous soit par le Saint-Esprit, de la part de Dieu notre Père et de Jésus-Christ notre Seigneur.

« Le porteur de cette lettre est notre frère en Christ, Alex. Lenoir. membre de notre église et choisi par les députés des diverses églises constituées selon la Parole du Seigneur, assemblés à Lausanne le 7 du présent mois, pour aller annoncer l'Evangile de côté et d'autre dans notre canton. Veuillez recevoir ce cher frère avec amour, et lui donner les directions que vous jugeriez convenables pour le succès de sa mission. Si vous aviez quelques observations à nous adresser au sujet de ce frère, vous voudriez bien nous les faire parvenir pour la gloire de notre commun Maître et Sauveur. — Bien aimés frères, si au passage de notre frère Lenoir, quelqu'une de vos églises lui donnait quelque argent pour l'assister dans l'œuvre qu'il va faire, nous prions ou le pasteur, ou le diacre de l'église, ou à leur défaut un autre membre du troupeau, d'inscrire à la page ci-contre le montant de cette contribution à l'œuvre sainte pour laquelle nous envoj^ons notre frère, en le recommandant à Dieu et à l'œuvre de sa grâce, et en sollicitant pour lui vos propres prières, afin que Celui par qui et pour qui sont toutes choses, le conduise par son bon Esprit, comme par un sentier uni et mette la sagesse qui vient d'en-haut dans son cœur et sur ses lèvres, lui donnant aussi de n'être épouvanté en rien par les adversaires. Oui, très chers frères, priez pour lui afin qu'en sincérité et simplicité de cœur et non point avec une sagesse charnelle, mais selon la grâce de Dieu, il s'acquitte de la sainte mission qui lui a été confiée.

« Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, l'amour du Père et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous. Amen. »

Muni de cette lettre et de ses instructions, Lenoir se prépara à accomplir la mission qui lui était confiée. « Malheureusement, dit M. Fivaz, on ne mit pas dans toute cette affaire l'esprit de prudence et de prière qui seul pouvait la faire prospérer. Je ne sais comment l'église de Vevey se laissa entraîner; mais, quelque temps après, nous vîmes arriver le frère Lenoir comme s'il eût été un grand missionnaire. En revenant sur le passé et en nous rendant compte de l'impression que nous en reçûmes, nous fûmes affectés de le voir tout habillé de noir comme un ministre ; il prenait déjà quelques airs pastoraux et d'indépendance. La lettre de recommandation qu'il avait pour toutes les églises avait par trop d'apparat. Enfin, quoique nous suspendions toute réflexion, croyant nous être trompés, nous ne fûmes pas entièrement satisfaits. Il est certain que la position de Lenoir devenait bien glissante pour lui-même. »

Après avoir visité diverses localités du pays, telles que la Vallée du lac de Joux, Ballaigues, Yverdon et Moudon, Lenoir arrivait à Payerne le 31 dêteëiiifrré 4858. — Il avait été assez béni dans plusieurs lieux, « mais, sur le rapport de quelques frères, plus il approchait du terme de son voyage, plus il perdait de sa simplicité. Quelques-unes de ses conversations roulaient déjà sur des choses vaines, il prenait quelquefois un ton tranchant et décidait des questions de théologie qui n'étaient pas à sa portée1. »

A Payerne, Lenoir se donna, paraît-il, assez de mouvement pour que l'attention se portât sur lui. Il visita, évangélisa dans la ville et aux environs, entre autres à Corcelles. Mais le 5 janvier 1829, il était surpris chez un nommé Samuel Buache, tailleur, au moment où il était occupé à lire la Bible et à prier de-

1 Fivaz. Mémoires.

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