‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 144 sur 215 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Une année d'épreuves pour les amis de la liberté religieuse (1829). — Attaque de la cure de Lutry. — Fermeture des lieux de culte dissidents à Lausanne, Yverdon, Vevey, etc., etc. — Procédure intentée au pasteur Lardon. — Poursuites dirigées contre les signataires de la lettre de crédit donnée à Lenoir. — Menées politiques attribuées aux hommes pieux.

Ce que nous avons raconté jusqu'ici, des faits survenus dans notre canton, prouve abondamment déjà, combien l'hostilité contre le mouvement de réveil religieux était grande chez le peuple et dans le sein même du gouvernement. Malheureusement ces faits ne sont point les seuls que nous ayons à signaler, et cette année 4829 fut, toute entière, une année d'épreuves et de tristesse pour les amis de la liberté religieuse. La haine contre la piété ne distinguait plus entre les églises ; elle s'attaquait aux nationaux comme aux dissidents, et la qualité de pasteur national n'était point une garantie contre les insultes et les violences.

Le dimanche 12 avril, à neuf heures du soir, la petite cure de Lutry fut assaillie par une troupe de gens qui, après en avoir ouvert la porte, lancèrent dans le corridor beaucoup de pierres dont l'une pesait jusqu'à treize livres. Des croisées de fenêtres furent cassées ; après quoi la maison fut attaquée de la même ma-

procurés à M. Monnard. Le jour où il partit de Bâle dans le but de se rendre à Lausanne et d'y comparaître, M. Vinet ouvrit son Nouveau Testament et les paroles sur lesquelles ses yeux tombèrent furent celles-ci : Ne soyez point en peine de ce que vous aurez à dire, etc.. (Marc XIII, 11.). Or, M. Vinet n'avait pas du tout l'habitude de piquer des passages.

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nière du côté du lac1. Les sauvages qui se livraient à de telles violences, non contents d'avoir brisé portes et fenêtres, voulaient encore s'emparer des pompes à feu pour inonder la cure, mais ils ne purent y parvenir. Le pasteur Dapples fut miraculeusement gardé par le Seigneur, ainsi que sa vieille domestique. «Pendant tout ce vacarme, il bénissait Dieu d'avoir permis qu'il n'eût lieu qu'après que tous ceux qui s'étaient réunis chez lui pour leur édification se fussent retirés. Le lendemain, il fut porter ses plaintes au premier assesseur de la justice de paix de Lutry, qui lui répondit froidement : Oh î çà ne fait que commencer ! cela fera le tour du canton i 1 »

L'indignation fut grande parmi les honnêtes gens, quand on apprit ce qui venait de se passer à Lutry. La Gazette elle-même fut obligée d'avouer que de pareilles scènes déshonoraient et qu'il n'y avait bientôt plus un point du canton qui n'eût à en gémir3. Les habitants de Belmont, annexe de Lutry, se hâtèrent de faire parvenir au conseil d'état une lettre dans laquelle ils se lavaient de toute participation aux désordres4, laissant ainsi aux habitants de Lutry tout l'honneur de pareils exploits. Au reste, le pasteur connaissait bien celte dernière paroisse, lorsque, quel ques mois auparavant, il l'appelait « une paroisse où quelques personnes connaissaient le Seigneur, mais où la haine de l'Evangile et surtout d'une vie chrétienne était poussée chez plusieurs au plus haut degré 5. »

Le conseil d'état ne put cependant faire autrement que d'ordonner une enquête. On constata que la porte d'entrée avait été enfoncée, que soixante-quatre vitres avaient été brisées, que plus d'un quintal de pierres avaient été jetées dans la maison, etc.6.

1 Nouvelliste vaudois, H avril, N° 30.

2 Fivaz. Mémoires.

1 Gazette, 17 avril, N« 31.

* Archives du christianisme.

8 Correspondance fraternelle, 11 avril 1828.

* Nouvelliste vaudois, 17 avril, N° 31.

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