CHAPITRE XXIX
Quant aux auteurs de cet indigne attentat, ils demeurèrent inconnus.
Quelques jours après ces événements, on pouvait lire ce qui suit dans la Gazette de Lausanne (N° 31, 17 avril) : « Nous apprenons que le conseil d'état vient d'ordonner la fermeture à Lausanne des deux maisons où se réunissaient habituellement les sectaires, connus sous le nom de mômiers. en se réservant d'appliquer la même mesure, dans le canton et, le cas échéant, à toutes les localités qui serviraient à des conventicules. Hier, cette mesure a reçu ici son exécution,»
Le fait signalé par la Gazette était parfaitement exact et voici comment un homme, tout particulièrement atteint parla mesure lyrannique du gouvernement, raconte ce qui se passa à cette occasion :
«Le 16 avril, le frère Olivier (Henri) fut appelé chez le juge de paix de Lausanne, M. de Mollin ; il y fut reçu avec toutes les marques de respect et d'estime. M. le juge lui dit qu'il voulait la tolérance pour sa personne et qu'il la voulait pour tout le monde, mais que comme juge de paix il était obligé d'obéir à ses supérieurs et qu'il allait lui lire une lettre qu'il venait de recevoir du gouvernement. Ce dernier ordonnait d'un ton fort sec de faire cesser les assemblées qui se tenaient sur la Palud, maison Creux, et dans la maison Robellaz, à la descente de Saint- François. Le juge lui demanda ensuite s'il voulait lui promettre de ne plus tenir d'assemblées? M. Olivier répondit que, de son côté, il devait obéir à son maître céleste, tout comme le juge croyait devoir obéir à son gouvernement ; que, comme simple individu sa réponse serait vite prête, mais qu'en qualité de pasteur d'une église constituée selon la Parole de Dieu, il ne pouvait rendre aucune réponse avant d'avoir consulté l'église dont nous n'étions que les serviteurs et non les maîtres. Le juge répondit qu'il s'attendait à cette réponse, qu'il ne lui restait donc plus qu'à faire cesser les assemblées. J'ai, dit-il, plusieurs moyens à ma disposi-
tion. Le premier serait d'aller surprendre une de vos réunions accompagné d'un huissier, mais je serais aussi accompagné de la populace infâme de Lausanne et je ne réponds pas qu'il n'y ait alors du sang répandu. Je pourrais, en second lieu, mettre mes sceaux sur les salles de vos assemblées; mais quoiqu'assuré qu'aucun de vous n'y toucherait, quelque malveillant pourrait venir les rompre et c'est un des délits les plus graves et qui pourrait amener les choses les plus pénibles; je ne veux vous exposer à aucun désagrément. Je m'en vais donc faire barrer votre local ; c'est le moyen le plus sûr pour vous et qui ne vous occasionnera aucun événement fâcheux. Et si vous avez loué cet appartement, le bail est rompu du moment où la justice l'a fait fermer.
M. Olivier remercia beaucoup le juge de sa délicate bonté envers nous ; il vint de suite dans la salle des assemblées, enleva les bibles, cantiques, lampes, etc., etc. A peine avait-il fini que l'huissier arrivait avec un serrurier pour prendre ses mesures; le même jour, les barres de fer furent posées et l'église n'eut plus aucun lieu pour prier ensemble et pour méditer ensemble la Parole de Dieu , ni pour servir en commun son Dieu-Sauveur.
Il n'y a pas de calomnies, de ruses que l'on n'ait employées pour nous rendre odieux à tout le monde. On répandit de toutes parts des lettres signées: Fivaz, remplies de choses odieuses et écrites dans un style vraiment satanique. On y employait des passages et le style de la Parole de Dieu. Un M. Lambert, de Grandson, en reçut une dans laquelle on lui demandait de donner tout son argent aux ministres du Seigneur pour l'avancement de son règne ; ajoutant que M. Rivier venait d'en faire autant. On en écrivit à notre frère Burnier, à Rolle, etc., etc. Dans toutes, on avertissait que le frère Olivier prouverait la divinité de sa mission par des miracles qu'il ferait sur la Palud, le 18 avril, jour de marché. Il paraît qu'on avait préparé une émeute et un massacre pour ce jour-là. Us écrivirent encore des lettres de malédiction aux ministres de Lausanne, au landammaun, et toutes signées Fivaz. Us invitèrent aussi nos frères, pasteurs de Genève, à se rendre à Lausanne pour le 18 avril, leur recommandant, vu l'importance des événements actuels, de ne pas manquer au rendez-vous. Il paraît qu'ils cherchaient à leur dresser des embûches. On mit des placards sur la porte de nos assemblées, par lesquels nous conjurions tout le monde de fuir de l'église nationale comme d'un lieu pestiféré. M. Miéville eu transcrivit une dans sa Gazette, de manière à faire croire que nous en étions les auteurs. Plusieurs circonstances particulières nous permettent de croire qu'il y avait plus de part que