‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 149 sur 215 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

contre-coup, des mesures en faveur de cette même liberté ; mais ce n'est qu'en 1830 que les dissidents neuchâtelois devaient obtenir l'autorisation de tenir leurs réunions1. Quelques années auparavant, ce canton avait été le théâtre de scènes déplorables. Un homme pieux, Jean Fréd. Magnin, avait été banni pour dix ans, et il s'était réfugié à Berne. Son crime était d'avoir, lui laïque, prêté sa maison pour la célébration de la sainte cène. C'est tête nue, agenouillé dans la neige et les mains liées derrière le dos, que Magnin dut entendre, dans la cour du château de Valangin, la lecture de sa sentence. Il y avait alors un mouvement religieux assez prononcé dans le canton de Neuchâtel et spécialement à Goffrane. A Genève, dans ce même temps la police avait dû prendre d'énergiques mesures pour empêcher les fidè les du Pré-l'Evêque d'être assaillis par des ouvriers ligués dans ce but et qui avaient été excités par les articles de la Gazette de Lausanne.

Un fait à noter ici, parce qu'il a eu en soi et dans ses conséquences les plus éloignées une grande influence sur la manière dont le peuple vaudois s'est habitué à envisager tout mouvement religieux indépendant des formes officielles, c'est l'accusation de vues et de menées politiques qui fut reprise alors et dirigée, avec autant de perfidie que d'habileté, contre les hommes pieux, à quelque parti qu'ils appartinssent. Les ennemis du réveil et de toute piété en général avaient déjà antérieurement, grâce aux déplorables insinuations du doyen Curtat, cherché à jeter de la défaveur sur le mouvement religieux, en lui prêtant des intentions politiques secrètes. Celte accusation, dénuée de tout fondement, fut reprise et exploitée avec ardeur en 4829. Les adver-

1 Voir Archives etc., pag. 564, 565 (1829), et 1830, pag. 138, 139, et pag. 521.

saires savaient fort bien à quoi s'en tenir à cet égard comme à tout autre, mais ils supposaient peut-être qu'il était politiquement de bonne guerre de provoquer, dans l'esprit du peuple, un rapprochement entre les mômiers qu'on lui avait rendus odieux en les calomniant et les partisans d'une réforme politique dans l'état. Cette tactique n'eut alors et n'a eu, depuis que trop de succès au milieu de nous, grâce à l'habileté, à la persévérance de ses inventeurs, grâce aussi à l'indifférence du peuple et à son apathie lorsqu'il s'agit de voir par lui-même ce qu'il y a au fond d'une accusation ; grâce encore, il faut le reconnaître en le déplorant, au concours de certaines circonstances qui semblaient donner gain de cause aux accusateurs des chrétiens.

Voici comment, en 1829, l'un de ceux qui eurent le plus à souffrir des calomnies semées de toutes parts contre les gens pieux, combat et réfute l'accusation de vues politiques.

« Nos affaires religieuses se sont venues ranger avec des affaires politiques, sans qu'aucun de nous eût pensé à ce mélange, car nous sommes demeurés dans un silence absolu. Pendant que cette guerre de gazettes nous exposait à la haine de tout le monde et nous prêtait des faits et des intentions calomnieuses, nous n'avons rien répondu. Le Nouvelliste, qui a pris à tâche de défendre toutes les libertés et qui, dans nos affaires cantonales, a pris une couleur politique, n'a jamais rien émis de notre part. Nous ne désirâmes pas même qu'il le fît de peur de confondre nos affaires religieuses avec la liberté dans les élections qui l'occupaient et dont nous ne nous occupions pas. Ce journal prenait une tournure hostile aux principes du gouvernement et nous regardions comme un grand mal de partager cet esprit d'opposition, ou plutôt l'apparence de la partager, puisqu'au fond nous ne voulions pas nous mêler d'affaires politiques, ni nous tourner vers aucun parti. Mais ce que nous avons craint est néanmoins arrivé. Pour rendre odieuses les personnes qui demandaient une représentation plus nationale au grand conseil, on les fait

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