CHAPITRE XXIX
Durand et Olivier, une année de bannissement hors du canton ; contre Werly, six mois de confination dans la commune de son domicile. Les frais devaient être répartis entre tous. Le réquisitoire de ce magistrat judiciaire, M. Masson, renfermait enire autres choses, ces mots : « Considérant que l'Evangile que les mômiers veulent expliquer est prêché dans tout ce canton par des ministres qui ont fait des études et sont consacrés au saint ministère par l'académie et sous la surveillance de l'autorité épiscopale (!!!), et remplissent honorablement leurs fonctions, qu'ainsi il est tout à fait inconvenant et même dangereux que des personnes sans autorité, sans vocation, isolées, exaltées, et quelques-unes sans études, aillent de lieux en lieux, propager cette nouvelle secte religieuse prohibée et exciter par là, dans ce canton, des scènes qui troublent la tranquillité publique et jettent la division dans les familles, etc. » On voit que M. l'accusateur avait étudié son sujet et ses arguments dans les fameux articles du landammann Muret.
Le tribunal de première instance refusa à Henri Olivier la qualité de ministre ou pasteur et celle de diacres à Werly et Et. Durand. L'accusateur public en chef fit de ces trois messieurs les complices de Lenoir dans sa charge de missionnaire; ils les accusa de l'avoir aidé à persévérer dans une voie répréhensible, etc. Il conclut à leur faire payer à chacun 20 fr. d'amende et les frais solidairement avec Rochat.
Le tribunal d'appel (47 août) se montra sévère, et admit en plein les conclusions de l'accusateur près le tribunal de Vevey
Dans le même temps, le conseil d'état suspendait de ses fonctions M. Jacob Garin, sufïragant du pasteur Verrey, à Oron, pour
avoir eu le lort et le malheur de prêcher la doctrine de la régénération, dans son sermon de communion, à Pâques î !
M. Ulrich Hahn, de Stuttgart, ministre de l'Evangile et docteur en philosophie *. fut également, à cette époque, l'objet des rigueurs du gouvernement vaudois. M. Hahn, instituteur chez M. Gaudin, au Petit-Château, avait écrit dans la Gazette ecclésiastique de Darmstadt des articles sur l'état religieux du canton de Vaud. Il voyait dans les brochures de M. Curtat la première cause des persécutions. Bien plus, il avait eu la hardiesse d'adresser à M. Curtat lui-même une fort belle lettre pour l'engager à user de son influence sur le gouvernement afin de faire cesser les persécutions. M. Hahn montrait ici, évidemment, autant de naïveté que de bonne foi, et M. Curtat se hâta de le dénoncer à l'autorité supérieure2. Le résultat de cette dénonciation fut l'expulsion de M. Hahn du territoire du canton.
Il est à remarquer que, dans le temps même où la persécution religieuse sévissait de nouveau et violemment contre les chrétiens du canton de Vaud, des faits de même nature avaient lieu à Berne, à Neuchâtel et à Genève, comme si un souffle d'intolérance avait parcouru la Suisse occidentale toute entière.
A Berne, des confinations dans leur commune et des bannissements hors du canton atteignaient, au printemps de 1829, des chrétiens dissidents, et entre autres Ch. de Rodt, qui fut incarcéré et banni pour sa séparation d'avec l'église nationale ; douze bernois et huit étrangers étaient également expulsés du canton par le conseil secret 3.
A Neuchâtel, l'année 1829 était marquée par des attaques contre la liberté religieuse ; attaques qui provoquèrent, par
* Le futur fondateur de la société des traités de Calw.
* Archives du christianisme.
3 Voir Archives du christianisme, 1829, pag. 381, l'article intitulé: Introduction de l'inquisition dans le canton de Berne; et sur M. de Roilt en particulier, pag. 466. — Voir également la brochure: Exposé des motifs qui ont dirigé ma con dui t e, etc. (par Ch. de Rodt). Genève 1830, et Notice sur M. Ch. de Rodt. Neuchâtel, 1862.