CHAPITRE XXX
Session de 1829 du grand conseil. — La séance du 12 mai et la discussion sur les sectaires. — Maintien de la loi du 20 mai. — Une brochure de M. Malan.
C'est au milieu de circonstances aussi graves et qui en faisaient présager d'autres peut-être plus graves encore, que le 4 mai, le grand conseil du canton de Vaud se réunit en session ordinaire du printemps à Lausanne. Pénétrons, avec les députés, dans la salle des séances et voyons ce qui va s'y passer.
On pouvait s'attendre à ce que la question religieuse occupât une grande place dans les délibérations des représentants du peuple. Depuis quatre longs mois, l'agitation à laquelle l'émeute de Payerne avait servi de signal et que le gouvernement avait pris soin d'entretenir par le moyen des mesures répressives et violentes qu'il avait adoptées partout contre les dissidents, cette agitation ne pouvait manquer d'avoir son contre-coup au sein
delà représentation nationale. Et, en effet, le grand conseil était à peine assemblé que, déjà, il entendait la lecture de pétitions nombreuses et couvertes de signatures, exprimant « la fidélité des signataires à l'église évangélique vaudoise, et protestant contre tout changement dans l'enseignement religieux et dans le culte établi , comme aussi contre toute dissidence et mission dans le canton. » — La première de ces pétitions émanait des municipalités d'Orbe, deBavois, de Chavornay, de Corcelles et de Montcherand, et elle fut renvoyée à l'examen d'une commission composée de MM. Leresche , professeur, Monod, ancien landammann, Correvon de Martines, Gusin, du tribunal d'appel ei Rapin1. — Elle fut bientôt suivie d'autres pétitions semblables venant de Vufïïens-la-Ville, Mex, Sullens et Penthaz, des communes de Suchy et de Belmont, ces dernières chargées de six colonnes de signatures. Les pétitionnaires demandaient des mesures législatives pour réprimer les sectaires et offraient leurs biens et leurs vies pour seconder le gouvernement. Chose curieuse ! la plupart de ces communes ne comptaient dans leur sein, ni dissidents, ni pasteurs fidèles, ni même des chrétiens nationaux pieux. Plusieurs d'entre elles étaient excitées par des ministres que la passion aveuglait, comme celle de Montcherand, d'autres, par des gens haut placés, comme la commune de Chavornay, qui avait pour combourgeois le conseiller d'état M., l'un des plus ardents ennemis de toute piété. Quelquesunes de ces communes ne se distinguaient guère que par leur grossièreté, leur ignorance et leur immoralité. En général, les pétitions auxquelles nous venons de faire allusion étaient rédigées dans un style plein d'âpreté et d'exagération, et elles menaçaient les chrétiens vaudois de mesures de la dernière rigueur.
Monnard. Session de 1829 du grand conseil, 4 mai.