CHAPITRE XXX
C'est le 12 mai que s'ouvrit la discussion sur les sectaires. MM. Monod, lieutenant-colonel, et Alph. Nicole, auxquels se joignit M. le landammann Monod, auraient voulu que Ton fit lecture des noms des pétitionnaires , parce qu'ils estimaient qu'il ne fallait pas seulement compter les suffrages mais les peser, pour se prémunir contre l'effet de pétitions faites tumultueusement et chargées de signatures ramassées1. Il paraît, en effet, que, dans certains cas, on avait travaillé d'une manière peu convenable à obtenir des signatures. Ce vœu, si simple et si légitime, risqua dès l'abord de mettre le feu aux poudres, et l'on pût entrevoir déjà quelle passion serait apportée dans la discussion, par la manière violente dont le landammann Muret surtout, s'opposa à la lecture demandée et qui, effectivement, n'eut pas lieu.
Après cette discussion préliminaire, on passa à la discussion sur le fond de l'objet en question, et, d'abord, on entendit le rapport de la commission nommée le 4 et à laquelle M. le professeur Leresche servait d'organe. Ce rapport concluait à ce que les pétitionnaires « fussent remerciés de leur attachement à la religion telle qu'elle avait été enseignée jusqu'à présent dans le canton, et assurés que la loi du 20 mai 1824 était suffisante pour réprimer toute innovation dans la religion2. »
M. le doyen Curtat ouvrit la discussion. Il ne croyait pas qu'il y eût aucune mesure à prendre contre les sectaires. « Ils tomberont d'eux mêmes, disait-il, mais le mal est dans Téglise. 11 estime multitude déjeunes ministres, d'étudiants, déjeunes gens travaillés de toutes les manières ; ils sont attachés aux sé-
1 Ch. Monnard. Session de 4829, pag. 38. - Gazette de Lausanne, N° 39.
paratistes ; mais extérieurement ils signent les déclarations voulues par la loi. N'y aurait-il aucune mesure à prendre? Il suffirait, pour déraciner le mal, de publier de nouveau l'ensemble des Ordonnances ecclésiastiques, afin que Ton sache celles qui sont en vigueur. Cette mesure prouverait aux étudiants que les autorités supérieures s'occupent d'une matière aussi grave et y mettent de l'importance. Il le faut pour empêcher les réunions des amis du désordre... Il ne faut plus de ces convenlicules prohibés par la loi, ni d'aucun désordre extérieur. Nos jeunes ministres se croient tout permis. Ces abus ne peuvent être tolérés. » M Curtat termine son discours par celte déclaration qui montre combien, en réalité, il comprenait peu le fond de la question débattue depuis des années dans le pays : « Si nos jeunes ministres connaissaient ces lois (modifiant les Ordonnances ecclésiastique^ bernoises), qui d'entre eux voudrait être sectaire?! »
Répondant à M. Curtat, le landammann Monod fit remarquer que la mesure proposée par le doyen ne pouvait suffire ; la confession helvétique étant surtout destinée à régler l'enseignement religieux. « Je dirai même, — ajoutait M. Monod, — que, d'après les Ordonnances , elle se rapproche de la doctrine des sectaires. En les réimprimant, ce serait dire à nos ministres de les appuyer et nous risquons défavoriser ce que nous vou drions prévenir. »
« Comme chrétiens, s'écria M. Alph. Nicole, comme protestants, comme républicains, nous ne pouvons empêcher ces assemblées;... le protestantisme a pour base la liberté de conscience. De quel droit refuserait-on à nos concitoyens [e droit de se séparer de nous? Il n'y a pas de liberté de pensée religieuse sans liberté des cultes. — La loi de 1824 est allée au delà du but. Cette loi a défendu le prosélytisme, mais elle n'a pas distingué entre le prosélytisme dangereux et ce noble prosélytisme qui consiste à propager de bonnes doctrines, la morale et la religion. La loi aurait donc dû distinguer, carie prosélytisme