‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 154 sur 215 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

qu'il salariait les curés. A côté de l'église nationale fortifiée, M. Druey demandait que l'on proclamât la liberté des cultes.

Après cette belle et importante discussion, le grand conseil adopta les conclusions de la commission ; il rejeta la proposition de faire réimprimer les Ordonnances ecclésiastiques et écarta, d'après le règlement, la mise en délibération de la proposition particulière, non écrite, d'inviter le conseil d'état à demander que la loi du 20 mai fût rapportée.

Un fait, en apparence peu important, avait pu, à l'ouverture de la session, produire une impression désagréable sur bon nombre des membres du grand conseil. M. César Malan avait, paraît-il, fait remettre à chacun des députés une brochure dont il était l'auteur et intitulée: La guerre à Dieu1. Les chrétiens vaudois en butte à l'hostilité générale et ayant tout à craindre des décisions du grand conseil, ne virent pas de bon

1 La guerre a dieu, ou les trois questions qu'un grand conseil dut examiner dans une accusation intentée contre des chrétiens. Fragments historiques, publiés par l'éditeur de Liberté et patrie des enfants de Dieu, par C Malan. Genève 1&29. (19 pages in 8o.)

Sans le nommer, M. Malan désigne clairement ici le canton de Vaud comme le lieu où se passe la scène qui fait le fond de son récit. Les trois questions sont celles que le Sanhédrin dut examiner (Act. IV et V) à l'égard des chrétiens et dans lesquelles Gamaliel intervint pour plaider la cause de la tolérance :

!• Savons-nous bien ce que sont ceux que nous persécutons?

2° Les mesures que nous prenons à leur égard sont-elles selon le droit des gens?

3° Sommes-nous certains qu'en opprimant ces citoyens, nous ne serons pas trouvés faire la guerre à Dieu ?

C'est l'avis de Gamaliel que M. Malan engage le grand conseil vaudois à adopter et à suivre.

11 y a dans cette écrit d'incontestables vérités, mais le ton, habituellement emphatique et souvent ironique, pouvait irriter et c'est ce qui arriva.

œil cette démarche du célèbre dissident genevois. « Il l'a faite, — ainsi s'exprime sur ce sujet M. Fivaz, — à bonne intention; mais, comme nous connaissons les esprits et selon ma conviction, il ne fera qu'aggraver notre position extérieure. Ahl il aurait dû au moins nous consulter ! Nous avons déjà fait plus d'une imprudence dont nous sommes repris par le Seigneur ; et en voilà une plus grande encore. Ce cher frère ne sentira pas le coup et les blasphèmes qu'il aura attirés sur notre dos. » Et, à ce propos, M. Fivaz se plaint amèrement de ce que les dissidents et, en général, les hommes pieux dans le canton de Vaud aient dû expier les colères provoquées par des défenseurs de la liberté religieuse, placés eux-mêmes hors de la portée des attaques. Les articles du Nouvelliste vaudois paraissent avoir été méchamment utilisés contre les chrétiens, ainsi que les écrits de Vinet en faveur de la liberté elle-même. Aussi, Fivaz compare-t-il les chrétiens vaudois à ces villages dans les rues et sur les places desquels les partis viennent se battre. Il y avait quelque chose de fondé dans ces plaintes et ce n'étaient pas les chansons du professeur Porchat1, en faveur de la

1 Voici quelques strophes de l'une de ces chansons. Celle-ci était intitulée: Indulgence,— Tolérance, et elle parut le 5 mai 1829. Elle sortait de l'atelier de M. Spengler . Une vignette représentait le château de Lausanne, -vers lequel une colombe portait un rameau d'olivier.

Quatre vont s'ouvrir.

Du ciel en colère

Des moyens extrêmes

Ils (les mômiers) nous faisaient peur,

lïardez-vous ! Hélas !

Peut-on lui déplaire

Car les bùcbers mêmes

Quand on a bon cœur?

Ne suffiraient pas.

Mais sa voix l'ordonne,

Indulgence, etc.

Si l'on nous fait tort,

Pour qu'il nous pardonne

Ils sont fous peut-être

Pardonnons d'abord.

Mais non dangereux,

Indulgence, tolérance,

Je crois en connaître

Serait rna loi

Qui le sont plus qu'eux.

Si j'étais roi !

Et moi qui les raille,

Toi qui les bannis,

Du passé, l'exemple

D'avoir vu la paille

Prédit l'avenir.

Nous serons punis.

Vou» fermez un temple

Indulgence, etc.

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