‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 153 sur 215 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

est dans la nature de la religion chrétienne... Et d'ailleurs, que pense-t-on de nous chez nos voisins ? On nous blâme dans toute l'Europe. Si le reproche n'était pas mérité, nous n'aurions pas à nous en inquiéter; mais il est fondé. Nous ^devons marcher avec le siècle... Le premier moyen, c'est la tolérance qui ôteaux sectaires toute idée de leur propre importance. Nous avons persécuté, or l'histoire démontre que, nulle part, la persécution n'a arrêté une secte... On ne comprend pas bien les vrais principes de la tolérance, et pourquoi? C'est qu'on croit que la religion est une institution humaine et politique. Cette idée est trop affligeante. »

Le landammann Muret, fidèle à ses principes intolérants, parla en ces termes: « La constitution déclare que la religion évangélique est la religion du canton. Or une secte nouvelle et ennemie prétendrait, par privilège sur les catholiques, pouvoir s'établir sans autorisation et en opposition à la loi! A-t-elle donc tant de mérite, cette secte! Cependant les mômiers sont contraires à cette même civilisation que ceux qui ont défendu les sectaires ont tant à cœur. Ils rejettent le mérite des œuvres; ils prêchent l'excommunication spéciale, nominative; ils éloignent l'homme de la table sainte. Voilà leur discipline ecclésiastique et voilà cette secte qu'on veut, non pas protéger, mais privilégier... Qu'ont-ils produit ces sectaires dans notre pays? On le sait. Animés d'un fanatisme extrême, ils parcourent les campagnes, pervertissent les jeunes plantes vaudoises. Et voilà ces hommes qu'il faut tolérer pour n'être pas persécuteur! »

Aux déclamations de M. Muret, M. Correvon (de Martines) répondit fort bien qu'une secte plus fâcheuse que toutes les autres était celle des intolérants, et M. Ch. Monnard demanda .pourquoi les mômiers seraient exceptés de la tolérance? « Dans nos lois, dit-il, il n'y a point de lois exceptionnelles que celle de 1824; il faut faire disparaître celle tache... La loi a porté le peuple à des idées grossières d'intolérance. Elle a dépassé la

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ligne des libertés naturelles. » — M Monnard pouvait donc

accuser la loi d'être un instrument contre la religion. — « La lutte religieuse, ajoutait-il, qui s'est engagée au milieu de nous était d'abord une lutte entre l'Eglise nationale et les dissidents; elle l'est encore en partie, mais elle a surtout dégénéré en une lutte entre la piété et l'impiété, entre l'irréligion et la foi chrétienne. Or, il importe au pays dont les intérêts nous sont confiés que la religion y soit respectée et florissante. » L'un des orateurs qui se distinguèrent le plus, dans cette mémorable séance, et qui parurent comprendre le mieux la question débattue, fut M. Henri Druey. Dans son discours, il commença par rendre un beau témoignage au Mémoire de Vin et sur la liberté des cultes; puis, après avoir déclaré qu'il n'était cependant pas mômier, il s'écria : « mais les mômiers sont hommes; ils sont nos concitoyens, ils sont vaudois ; on ne peut donc les priver de droits qui leur appartiennent en cette qualité, du droit d'adorer Dieu à leur manière,.. Il n'y a pas de liberté religieuse et même de pensée possible, sans liberté de manifester au dehors cette pensée par un culte qui y soit conforme. La liberté d'aimer Dieu, de l'adorer, de faire sa volonté est incomplète, vaine, sans la liberté de réaliser ce que la conscience et la religion ordonnent... Il n'y a eu de désordres que par l'intolérance «les peuples ou des princes. Il faut supporter, tolérer, protéger la diversité des sectes, comme l'on tolère la diversité des mœurs, des langues et des couleurs .. La séparation est dans l'essence des religions et des sectes nouvelles. On reproche le prosélytisme aux sectaires, c'est à tort; car le prosélytisme est dan& la nature de l'homme... Ce qu'on ne peut empêcher, il faut le laisser faire et se bornera le diriger. » — M. Druey proposait de révoquer la loi du 20 mai et de remplacer cette loi par « un système large et généreux de la liberté des cultes. » En d'autres termes, l'orateur estimait que, dans la justice absolue, le gouvernement devrait salarier les ministres des dissidents, de même

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