CHAPITRE XXXI
Puis mon cœur présage Des temps plus heureux.
Le Vaudois est sage,
Mon refrain plaira.
Et monsieur M(iéville)
Enfin chantera :
Indulgence, tolérance,
Il est généreux ;
Aux champs, à la ville
Si j'étais roi !
Serait ma loi
nard, — rédacteur du Nouvelliste vaudois, — membre considérable de l'opposition dans le sein du grand conseil, — professeur aimé et écouté des étudiants, — M. Monnard était une puissance que le gouvernement avait tout intérêt à abattre, puisqu'il ne pouvait pas la rallier. Trop souvent, nos gouvernements, oublieux des vrais principes de politique intérieure et des exigences de la plus simple justice, ont cherché à se maintenir au pouvoir ou à conserver une tyrannique popularité, en frappant d'une manière arbitraire des citoyens dont tout le tort consistait à avoir une autre opinion que celle du conseil d'état. Cela n'est digne ni d'une république, ni de magistrats élus par le peuple. ïl est vrai qu'avant 1830 une aristocratie ombrageuse apportait, jusque dans le sein des conseils vaudois, les traditions de la sainte alliance et les préjugés autoritaires des gouvernements de la Restauration.
M. Monnard n'ayant point été atteint par le jugement des tribunaux, le conseil d'état chercha un moyen efficace de se venger d'un adversaire qui lui échappait. Nous avons déjà cité l'arrêté du 25 avril qui suspendait provisoirement ce professeur de ses fonctions. Cette suspension avait immédiatement provoqué des protestations énergiques. M. S. Clavel, dans le Nouvelliste vaudois, faisait ressortir le danger qu'il y avait ainsi à préjuger la cause dans le procès que l'état se disposait à faire à M. Monnard, envisagé comme éditeur des Observations de M. Vinet. Et comme on avait travaillé à confondre la cause du professeur suspendu avec celle des sectaires, le professeur Rodieux se donnait, à son tour, beaucoup de peine pour défendre M. Monnard contre l'accusation de mômerie. Il était bien connu, disait-il, que M. Monnard n'était ni mômier, ni révolutionnaire; et M. Rodieux critiquait vivement les procédés du conseil d'état à l'égard du professeur de littérature française. M. Aug. Jaquet s'élevait également avec force contre les mesures prises dans celte circonstance par le conseil d'état, et en démontrait l'illégalité.