‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 157 sur 215 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Ces protestations n'empêchèrent nullement le gouvernement de poursuivre sa vengeance, et la séance du grand conseil du 4 juin fut consacrée tout entière à l'affaire Vinet et Monnard.

Déjà, dans la séance du 30 mai, le conseil d'état avait présenté un rapport spécial sur les mesures qui avaient été prises à l'occasion de l'impression et de la publication dans le canton de Vaud, delà brochure intitulée: Observations sur V 'article sur les sectaires. Sur la motion de M. Druey, ce rapport avait été imprimé et distribué aux membres du grand conseil. Il comprenait 27 pages grand in-4°. La commission d'examen de la gestion du conseil d'état avait dû, tout naturellement, s'occuper d'une manière très particulière, de ce qui, dans cette affaire, concernait M. Monnard, en tant que membre du grand conseil. Cette commission s'était trouvée dans un fort grand embarras et elle proposait d'inviter le conseil d'état à fournir, avec ses réponses, les renseignements et les pièces propres à entourer de lumières une affaire aussi sérieuse et qui pouvait avoir les plus graves conséquences1. C'est ensuite de cette invitation que le rapport susmentionné avait été présenté et imprimé.

Le rapport du conseil d'état, après avoir exposé l'historique des faits concernant la brochure de M. Vinet et de la manière dont l'autorité était parvenue à connaître les noms de l'auteur et de l'éditeur des Observations, entrait dans un examen attentif de l'écrit incriminé. Aux yeux du conseil d'état, il était évident, « que tous les traits de critique semés dans cet écrit contre la loi, contre le gouvernement, étaient lancés contre le gouvernement du canton de Vaud, contre la loi sur les sectaires2. Ve-

* C. Monnard. Session de 1829, 30 mai. ' Rapport, pag. 6.

naient ensuite une analyse et une réfutation des doctrines émises par M. Vinet, soit dans ses Observations, soit dans ses Nouvelles observations. On conçoit facilement quelle pouvait être ici l'argumentation du conseil d'état. Nous y reviendrons plus tard, lorsque nous serons appelés à nous occuper de la défense que, dans son Essai sur la conscience, M. Vinet présenta, pour ce qui le concernait personnellement dans cette affaire. Présentement, nous n'avons à considérer que la partie de ce rapport qui avait trait à M. le professeur Monnard.

Le conseil d'état s'efforçait de faire envisager M. Monnard comme éditeur responsable de la brochure de M. Vinet, et il concluait des faits relatés, que la conduite de ce professeur ne pouvait qu'altérer la confiance que le gouvernement devait avoir en lui. — C'est en conséquence de cela que M. Monnard avait été suspendu provisoirement, jusqu'à ce que le jugement des tribunaux fût intervenu et sans rien préjuger sur ce qui pourrait être décidé ultérieurement par le conseil d'état. — Nous avons vu quelle fut l'issue de ce procès devant les tribunaux.

Dans la séance du 4 juin, M. Monnard prononça un long discours à la fois apologétique et critique, dans lequel il se représenta comme ayant été « condamné et puni adminislrativement comme éditeur, sans avoir été entendu sur ce chef d'accusation \ » — Il analysa et disséqua le rapport du conseil d'état de manière à mettre certainement bien mal à leur aise les auteurs de celte incroyable agression contre le bon sens et la vérité. M. Monnard reprocha vivement au conseil d'état ses inexactitudes volontaires, il railla spirituellement sa métaphysique et il dé-

1 Session de 4829, 4 juin.

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