‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 163 sur 215 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

droit, son cœur généreux et son ardent besoin de justice et de vérité :

« Je le déclare, quelque parti qui se puisse tirer du droit positif dans l'objet qui nous occupe, je désire qu'une autorité plus élevée, celle du droit naturel, décide à jamais la question. Je désire que les cœurs vaudois soient frappés enfin de la cruelle injustice qu'il y a à priver une communauté du culte où elle trouve ses consolations, ses espérances et ses motifs à la vertu. Adversaire de la séparation, je plaide pour les séparatistes opprimés; je plaiderais de même pour les sociniens ou les unitaires, si (ce qu'à Dieu ne plaise) leurs doctrines prenaient faveur dans notre pays. Je plaide avec conviction; car ce n'est pas sans conviction qu'on s'attache à une cause impopulaire. Mais je plaide aussi avec foi; car je sais que cette cause approche du jour de son triomphe. Je lis ce pressentiment dans le cœur de ceux qui le combattent; ils n'ont pas foi à leur œuvre, parce qu'ils sentent que Dieu ne la reconnaît pas pour sienne; ils se débattent avec découragement contre cette force de la vérité, qui n'aura pas triomphé mille fois des plus puissants adversaires, pour venir au dix-neuvième siècle expirer à leurs pieds, ils prévoyent, sans se l'avouer, la chute d'un système d'oppression honni dans tous les pays civilisés. Haeret lateri lethalis arundo, Dans peu d'années la liberté des cultes sera également assise dans notre canton ; mille cœurs avec le mien tressaillent de joie à cette douce pensée ; la prière a demandé ce triomphe. Oui, de tous les points du monde chrétien, la prière a demandé, pour ce petit coin de terre, la liberté de conscience. Un éternel ami, que nous avons vu sur la terre, et que notre foi contemple dans les cieux, a demandé pour nous cette victoire à son père. Nous l'obtiendrons; sa croix est toute-puissante: Hoc signo vinces '! »

On le voit, avec les hommes éclairés de notre siècle, Vinet désirait donc que les choses d'ordre spirituel fussent nettement distinguées des choses d'ordre temporel, distinction qui était autant dans l'intérêt de l'état que dans celui de la liberté et de la vérité.

1 Pag. 94, 95.

Les brochures de Vinet, le procès auquel elles donnèrent lieu, l'affaire Monnard et les discussions qu'elle provoqua dans le grand conseil, augmentèrent le nombre des défenseurs de la liberté religieuse. Des gens qui ne voyaient dans la religion qu'un moyen de gouvernement furent touchés intérieurement et commencèrent à considérer les choses d'un autre œil. Un mouvement intérieur et personnel leur apprit à discerner la liaison qui existait entre la cause politique et la cause religieuse. Il avait même été convenu entre plusieurs qu'après la session du grand conseil, on convoquerait au Casino, et par le moyen des journaux, une réunion d'amis delà liberté de conscience; que, là, on nommerait un bureau, chargé de recueillir les faits relatifs à ce sujet, et que, d'année en année, on puiserait dans ces notes, la matière d'un volume jusqu'au triomphe définitif de la cause.

Pendant ce temps, les cabarets se remplissaient plus que jamais et devenaient tout autant de centres de discussions animées . On comptait alors, — comme on Ta dit, — 160000 théologiens dans le canton de Vaud. De leur côté, les dissidents se montraient doux et tranquilles, mais toujours plus éloignés de demeurer « en cette Babylone. » Dans certaines localités, ils ne participaient guère aux réunions de missions; dans d'autres, ils continuaient à se réunir aux nationaux pieux, le premier lundi de chaque mois. Dans toutes les villes et dans un grand nombre de villages, existaient des congrégations séparées. Quelques-unes d'entre elles comptaient fort peu de membres ; d'autres 20, 30, 50 même. — Le pasteur Lardon estimait alors à 350 ou 400 le nombre des personnes qui, dans le canton, étaient séparées de l'église nationale, et ce nombre allait toujours en augmentant.

Tel était l'aspect que présentait notre pays, dans les premiers

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