‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 162 sur 215 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

paient de leurs deniers, ayons-en que l'état paiera. Il y aura bien quelque inconséquence à faire contribuer les dissidents aux frais du culte national, dont ils ne profitent pas; mais ils n'y regardent pas de si près; profitons de leur bonne volonté, et consentons à ce qu'ils salarient à la fois leurs pasteurs et les nôtres. Mais à ce prix, laissons-les célébrer en paix le culte qu'ils croient le meilleur.

» Ils veulent l'excommunication spéciale et individuelle, qui n'est autre chose qu'un règne sur les opinions et les consciences. » Ce n'est pas mon dessein de rechercher si l'Evangile et nos confessions ne prescrivent pas cette excommunication spéciale et individuelle; mais j'ai quelques observations à faire. D'abord il importe peu qu'ils veuillent ; encore une fois, une volonté n'est pas un acte ; aussi bien cela est vrai. Oui, ils exercent l'excommunication spéciale et individuelle. Mais sur qui? sur les membre de l'église nationale? Oh! non; c'est bien assez de l'avoir excommuniée en masse, comme le Rapport nous l'a déjà appris, pièce à pièce. Non, ils n'y songent pas; et par là même ils ne portent aucun trouble dans nos institutions, qui restent telles qu'elles sont. Sur qui l'exercent-ils donc? sur les leurs, c'est-à-dire, sur des hommes qui, librement, volontairement, se sont joints à eux, et (remarquez-le bien) précisément en faveur de cette même discipline; sur des hommes qui sont également libres de les quitter, et qui les quittent, en effet, lorsque cette discipline les gêne, ou que quelque chose leur déplaît. Il est donc évident que les dissidents ne portent pas atteinte à la liberté et qu'il n'y a sous ce rapport aucune raison de les en priver eux-mêmes.

» Tout cela est fort clair, et il est difficile au premier coup d'œil de concevoir comment l'auteur du Rapport a pu en venir à prétendre que les dissidents sont contraires à ces mêmes principes de liberté que nous invoquons en leur faveur. Mais patience; tout va s'éclaircir, et nous aurons la clef de toute cette argumentation. « Cette secte, dit le Rapport un peu plus loin, n'accorde pas même la liberté de croire et de penser, puisqu'elle voudrait juger les opinions et les pensées.» Voilà une assertion bien extraordinaire. Quoi! juger les opinions et les pensées, c'est refuser la liberté de penser! A ce compte nous sommes tous des tyrans; car tous les jours nous jugeons les opinions et les pensées. Que fait donc l'auteur du Rapport dans toute l'étendue de cet écrit V II juge ma brochure, c'est-à-dire, mes opinions et mes pensées: par conséquent, il me refuse la liberté de croire et de penser! Certes, je crois que rien n'est plus loin de son intention. Si nous suivons les conséquences de ce système, nous verrons que les journaux littéraires, les chaires

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dans les universités, les assemblées académiques, les discussions mêmes des chambres législatives, sont des machines de tyrannie et d'oppression, ce qui, jusqu'à cette heure, n'était venu à l'esprit de personne. Le Rapport termine par dire : « Qu'on ne saurait accorder la liberté indéfinie » des cultes à une secte dont l'esprit de prosélytisme, qu'elle exerce par » des missions à l'intérieur du canton, est trop ardent pour n'être pas » dangereux. »

» Supprimons encore une fois le mot indéfinie, qui n'a rien à faire ici; car nous avons assez vu que l'auteur du rapport ne voit la liberté de culte dans aucune mesure ; et ce mot n'est encore ici qu'une ruse de langage. Quant au prosélytisme, autre grand mot inventé par l'intolérance, on sait assez qu'il est en soi la chose la plus légitime; car s'il est permis, comme nous l'avons établi au paragraphe précédent, de critiquer, de juger les opinions des autres, il s'ensuit nécessairement qu'il est permis de leur en inculquer de nouvelles. Le prosélytisme, à la vérité, comme développement de la liberté naturelle, doit connaître certaines bornes ; mais ces bornes, quelles sont-elles? Les mêmes que reconnaît la liberté de culte, dont il est une partie intégrante: je veux dire le respect des mœurs et des droits. C'est donc ne rien dire contre lui que de lui reprocher de Y ardeur ; car l'ardeur, en elle-même, n'est contraire, ni au droit ni aux bonnes mœurs. Il faut donc permettre au prosélytisme d'être ardent, et j'ajoute que cela sera sans danger pour V église établie, si, de son côté, elle s'anime, pour son culte et ses doctrines, d'un prosélytisme également ardent. Voilà tout le secret. Si l'église établie, qui a dit-on, le dépôt de la vérité, la défend avec le même zèle que les sectaires déploient pour l'erreur, qui peut douter que la victoire ne reste à l'église établie ?

» Je ne vois donc dans cette partie du Rapport aucun argument dont on puisse faire usage contre les sectaires. Et j'ajoute que, quand bien même ils seraient dans l'opinion qu'on doit refuser aux errants même la tolérance civile (ce qu'ils n'ont jamais dit), ce ne serait pas encore» une raison pour la leur refuser à eux-mêmes. Car tant que leur opinion n'est pas transformée en acte, ce c'est qu'une spéculation qui échappe à toute poursuite; et si jamais la tolérance peut trouver une belle occasion de s'exercer, c'est envers des intolérants. »

Enfin, en terminant, Vinet écrivait ces belles paroles dans lesquelles on reconnaîtra sans peine son esprit élevé, son sens

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