CHAPITRE XXXII
du parti gouvernemental s'efforcèrent d'assigner à l'élément religieux dans l'agitation dont le pays était alors le théâtre. — C'est là un point sur lequel nous avons déjà eu, plus d'une fois, l'occasion de revenir, et nos lecteurs savent dans quel but on travaillait à confondre la question politique avec la question religieuse. Il fallait représenter les partisans de la réforme électorale comme des mômiers, afin de les discréditer aux yeux du peuple et il fallait en même temps sacrifier, encore une fois, les mômiers à la colère du peuple, en les faisant passer pour des brouillons politiques. On aurait ainsi, du même coup, étouffé les préoccupations politiques. Assurément cela était habile; trop habile même pour d'honnêtes gens, et l'on souffre de voir des magistrats, des pères de la patrie, faire si bon marché de la vérité et de la justice.
Dans la séance du 21 mai, M. Milliet, conseiller d'état, s'exprimait ainsi: « Il règne de l'agitation dans notre pays. Nous sommes tourmentés par des discussions religieuses et politiques. Quoique les premières soient assez étrangères à l'objet de la discussion actuelle, elles s'y rattachent naturellement ; car elles aident au mouvement, et, en outre, il y a entre les unes et les autres de ces discussions plus de corrélation qu'on ne pense. Déjà en 1824 l'agitation était extrême, et l'on fut obligé de faire la loi du 20 mai. Quelle était notre position? On trouvera à la chancellerie des pièces de cette époque qui dévoilent ce que faisaient les novateurs, les Chavannes, les Juvet, les Olivier, les Fivaz, les Rochat. Ils accusaient nos livres symboliques et les livres élémentaires employés dans nos écoles d'être des ouvrages de Satan ; ils disaient que la confirmation du vœu du baptême était une impiété ; ils ne voulaient ni prêcher conformément à nos livres, ni se soumettre aux règles. Des discussions divisèrent les familles. Par qui furent-elles provoquées? par ces novateurs. Sans cela le peuple se serait-il porté à des actes de violence? Et où se trouvait le germe de ces dissensions? Dans la
doctriDe des sectaires. Il fallut de toute nécessité faire une loi et l'appliquer ; et, quoiqu'on en dise, elle répondit à son but et eut un plein succès. Mais voilà que nos idéologues, nos philosophes du jour, crièrent à la persécution, à l'oubli des principes, à la violation de la liberté de conscience. L'opinion publique se prononça contre la loi ; on céda, et la loi ne fut plus exécutée. Mais le feu de la discorde ayant éclaté de nouveau, il a fallu de nouveau recourir à des voies de répression ; il en arrivera ce qui pourra. Une chose assez remarquable, c'est que les dissidents ont renouvelé leurs efforts au moment où l'agitation politique était la plus forte et où le grand conseil allait s'occuper des pétitions, etc. »
Dans la même séance, le landammann Muret s'écriait : « En religion, qu'est-ce que les enthousiastes? Ce sont des fanatiques. Mettez des fanatiques en opposition avec des fanatiques, et vous verrez ce qui en résultera. A l'occasion des mômiers, un des préopinants (M. Ch. Monnard) a dit que c'est de révolte en révolte que les institutions se perfectionnent, que l'on peut tout faire à ses risques et périls... Ainsi donc il nous faudra marcher de révolution en révolution jusqu'à ce que le canton de Vaud soit devenu mômier. Eh bien, très honorés messieurs, quelle ineptie n'y aurait-il pas à se laisser égarer par de pareilles doctrines1!»
A l'heure qu'il est, on a peine à croire à tant de préventions ou à tant d'aveuglement, chez des hommes d'un mérite aussi incontesté 2Î
Du reste la session du grand conseil de 1829, fut particulièrement dramatique, car, outre la question des sectaires et celie
' Nouvelliste vaudois, 1829, No* u, 46.
* M. Muret allait jusqu'à prétendre qu'il n'était question d'autre chose que de changer à la fois de constitution et de religion (!!!}