CHAPITRE XXXIV
A la lecture des lignes qui précèdent, on sent très bien qu'un progrès dans les idées et dans les sentiments s'est accompli chez bon nombre de membres du clergé, et nos lecteurs auront sans doute reconnu là l'influence des communications échangées, soit dans la Correspondance fraternelle, soit dans les conférences pas torales. Au reste, les pasteurs et les fidèles qui, dans le sein de l'église nationale, et hors de cette église, souffraient et luttaient pour la cause de la liberté religieuse, étaient soutenus par la bonté même de leur cause et ils ne restaient pas sans encouragements du dehors. Déjà plus d'une fois, des témoignages de sympathie leur avaient été adressés de divers côtés, de France, en particulier. Le 17 juin 4830, Y assemblée générale de V église presbytérienne des Etats-Unis d'Amérique fit parvenir également à messieurs les pasteurs des églises établies des cantons de Berne et de Vand en Suisse, une déclaration et un mémoire dont le but était de proclamer la sympathie de cette assemblée pour les chrétiens persécutés dans les deux cantons susmentionnés, et d'engager les pasteurs à intercéder en faveur des persécutés et à leur procurer une entière liberté de conscience1. Certainement, de pareils témoignages, s'ils n'obtenaient pas tous les résultats que les signataires en attendaient, contribuaient cependant à encourager et à fortifier ceux qui travaillaient en vue d'un avenir que la foi leur faisait entrevoir.
Il fallait, en effet, de la foi, car les perspectives du moment
1 On peut lire cette lettre dans le N° 2 de la Discussion publique (1831). — Une réponse y fut faite par 120 ministres vaudois, mais seulement le 1er février 1833. Les signataires expliquaient ce long retard par le fait de l'organisation de l'église dans le canton de Vaud ; organisation telle, que les ministres ne savaient comment communiquer entre eux officiellement. Voir cette réponse dans la Gazette évangélique, 1834, No 29.
présent n'étaient rien moins que réjouissantes. On pouvait bien espérer un changement à l'état de choses créé par la loi du 20 mai, mais jusqu'à quel point les modifications apportées au régime politique, maintenant ébranlé, seraient favorables à une liberté religieuse sincère et étendue, voilà ce dont on ne pouvait nullement répondre. En attendant, le règne de la loi se perpétuait et continuait à porter ses fruits. Si les pasteurs fidèles de l'église nationale n'étaient pas écoutés du pouvoir, celui-ci ne se montrait pas plus bienveillant à l'égard des dissidents.