‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 179 sur 215 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Celle distinction, dans un pareil cas un peu trop subtile, était du reste contredite par les termes mêmes de la procédure qui portait que l'affaire était évoquée par la justice comme contravention à la loi du 20 mai 1824. La justice de paix se livra don* à une enquête ; mais, devant le juge informateur, les prévenus se renfermèrent dans un système de silence absolu sur tout ce qui concernait les actes de leur culte. Le Dr Develey, en particulier, dicta à ce propos des réponses empreintes d'une énergie et d'un courage malheureusement quelque peu mêlés de fanatisme. A en juger par ses paroles, il paraîtrait que le mandat envoyé aux comparants s'exprimait en termes outrageants pour les époux Niederhusern, dont le mariage était envisagé comme une union illicite.

L'affaire ayant été portée devant le tribunal de district, les quatre prévenus refusèrent par lettres de comparaître devant la commission nommée à cei effet , et dénièrent au tribunal toute compétence dans la cause. Lardon et Develey durent revêtir les arrêts, après avoir fourni, puis retiré, leur cautionnement. De Niederhusern subit la même peine préventive, ainsi que sa femme, que le dossier de la procédure appelle toujours Mlle Miéville se disant Mme de Niederhusern. Les accusés ne voulurent ni choisir un défenseur, ni en recevoir un nommé d'of fice. Le soir du jugement (17 mai), la foule des assistants à l'audience fut si considérable que le tribunal dut se transporter, séance tenante, dans un local plus vaste. L'accusateur public demandait que le mariage fût déclaré nul; conclusion qui fut effectivement adoptée par le tribunal. Le silence de Lardon fut envisagé comme un manque de franchise. Develey, quoique prosent à l'audience, n'ayant pas voulu se placer au banc des accusés, fut décrété de prise de corps. De Niederhusern et sa femme furent condamnés à un mois de détention et aux frais solidairement.

L'arrêt du tribunal d'appel (8 juin) fut absolument conforme

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à celui du tribunal de première instance, au moins en ce qui concernait les époux dont le mariage fut déclaré nul et qui se virent condamnés l'un et l'autre à un mois de détention et aux frais. Lardon et Develey furent libérés, toutefois sans dépens, vu le silence qu'ils avaient gardé.

Cette affaire, d'une si extrême gravité, contribua, nous n'en doutons pas, bien que la presse paraisse s'en être peu occupée, à ébranler encore le régime de la loi du 20 mai *. Du reste, la fin de ce procès coïncida avec la clôture de la session du grand conseil et des questions plus générales absorbaient alors tous les esprits. C'est peut-être également aux événements si dramatiques qui remplirent les six derniers mois de l'année 1830, que le procès intenté au pasteur Ch. Rochat, à Vevey, dut d'avoir si peu de retentissement dans le public.

M. Rochat, nous le savons, avait été l'un des signataires de la lettre donnée à Alex. Lenoir pour l'accréditer auprès des églises disciplinées du canton de Vaud. Nous savons également que cette lettre figura au procès intenté contre les signataires, et que, si M. Rochat ne comparut pas alors devant les tribunaux, comme le firent ses collègues, c'est qu'il était absent du pays. Mais M. Rochat étant revenu d'Angleterre en juin 1830, tombait nécessairement sous le coup de la prise de corps décrétée antérieurement contre lui. Il aurait été saisi et incarcéré à Vevey si deux personnes n'avaient déposé un cautionnement en sa faveur. Néanmoins, il fut interrogé par le juge de paix et par le tribunal de district au sujet de sa signature et, après une

1 Si nous ne faisons erreur, la Gazette de Laumnne en fit seule mention et dans un sens que l'on peut facilement deviner.

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