‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 191 sur 215 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

leurs relations entre eux, non plus que ses vues sur la morale dans ses diverses applications à la vie. Le réveil n'a exposé aucune méthode nouvelle et il n'a pas de formules à lui1. En un mot, il n'a pas de théologie, et ce n'est que par accommodation et ensuite d'une entente préalable que l'on doit se servir de cette expression.

Mais si le réveil n'a pas eu de théologie proprement dite, il s'est appuyé cependant sur une théologie antérieure et il a repris des doctrines que le latitudinarisme du siècle dernier et des premières années de celui-ci avait rejetées dans une ombre de plus en plus épaisse, des doctrines qui, dans le canton de Vaud, sans êtres niées positivement, étaient oubliées et demeuraient, par conséquent, sans action et sans efficacité. Ce sont ces doctrines que nous devons signaler, en recherchant de quelle manière on concevait leurs relations entre elles et avec la vie chrétienne elle-même.

Lorsque le doyen Curtat opposait au mouvement religieux qui s'accomplissait de plus en plus, autour de lui, ses fameuses brochures de 1821, il accusait avec âpreté ce mouvement de corrompre la foi traditionnelle des Vaudois. En d'autres termes, M. Curtat affirmait que le réveil renversait la doctrine reçue dans l'église du canton de Vaud, et voici comment il s'efforçait de démontrer sa thèse.

Après avoir dans son premier écrit (De rétablissement des conventicides, etc.) abordé, sans ordre bien suivi, ce que l'on ap-

' « D'autres devoirs plus pressants que celui d'organiser la science étaient imposés aux hommes de cette noble génération Ils en appelaient à l'autorité divine des Ecritures, alors incontestée en France, et cela pouvait suffire. (C Pronier. Archives du christianisme, mars 1866.) »

pelait les nouvelles doctrines, M. Curtat, dans son second écrit, attaquait ces mêmes doctrines avec plus de méthode. Partant du dogme de la Rédemption, il exposait ce qui, selon lui, constituait la foi traditionnelle de l'église vaudoise. L'homme est un être déchu par rapport à son état moral ; mais Dieu, plein de bonté, a pourvu, pour cet homme, à quelque moyen de réconciliation et de paix. Ce moyen, c'est le Sauveur, Fils unique et bien-aimé du Père, qui a porté sur la croix la peine des péchés des hommes, afin que ceux-ci, rachetés par le sang de l'agneau, se sentissent dans un état de réconciliation avec Dieu. Le bienfait de la rédemption est un pur effet de la libre et souveraine miséricorde de Dieu, sans aucun mérite de notre part. Mais l'homme étant un être moral, Dieu exige de lui qu'il reçoive ce salut par la foi, et quand il l'a reçu, qu'il ne fasse rien qui puisse l'en faire déchoir et le replonger sous l'empire d'une sévère justice1.

M. Curtat reconnaissait que ses antagonistes, les Anglais, ou les méthodistes, ou encore nos zélés, nos régénérés, comme il les nomme tour à tour, adoptaient ces vérités aussi bien que luimême. C'était donc sur la manière de présenter ces doctrines et de les appliquer qu'ils différaient.

Comment l'homme parvient à cette foi, par laquelle il reçoit le salut, c'est ce que M. Curtat ne disait pas, et, si nous ne nous trompons, nous touchons ici, d'entrée, à la lacune capitale de sa théologie. Nous ne savons où voir, chez lui, la doctrine de la régénération du pécheur par le Saint-Esprit; régénération qui met l'homme en état de croire et de s'approprier par la foi le salut gratuit ; régénération qui est l'œuvre de Dieu seul, mais qui réclame et rend possible la conversion, œuvre de l'homme ; la justification par la foi, étant elle-même la résultante de cette double action.

1 Voir Nouvelles observations, etc., pag. 151-155. — Nous citons presque textuellement.

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