CHAPITRE I
Ce n'est pas que M. Curtat ignore le terme de régénération ; seulement, la doctrine que ce terme suppose se présente à lui sous l'aspect que voici : La régénération n'est pas la source de la repentance ou douleur du péché, elle en est le produit, la conséquence. Le Saint-Esprit ne nous régénère pas lui-même et lui seul, il nous aide simplement à nous régénérer pour nous donner ensuite les fruits de la régénération qui sont h joie et la paix. Aussi la régénération est-elle un devoir de même que la repentance.
Ne pourrait-on pas légitimement conclure de ce qui précède que c'est l'homme qui se régénère, qui se change lui-même, ou, du moins, quia la part première et principale dans cette œuvre? Et puis, en quoi consiste proprement cette régénération? cela n'est pas facile à déterminer. M. Curtat reprochant aux méthodistes de voir dans la régénération un changement intérieur, il semblerait, qu'à ses yeux, la régénération serait simplement un amendement de la conduite et des habitudes.
Au fond, M. Curtat n'était pas au clair sur cette doctrine ; de là une obscurité inévitable dans son esprit sur d'autres doctrines, telles que la conversion, la justification du pécheur devant Dieu, l'assurance du salut, la sanctification. Sur ce dernier point, en particulier, il serait difffcile de rendre exactement compte de sa pensée.
Tout en reconnaissant que [es Anglais étaient d'accord avec lui et les livres symboliques de l'église vaudoise, sur la nécessité de la sanctification envisagée comme preuve que l'on est enfant de Dieu, M. Curtat les accusait de dire à leurs prosélytes qu'ils devaient être assurés de leur vocation au salut, lors même qu'ils commettraient des péchés positifs1, et ainsi, d'enseigner une fausse et dangereuse assurance du salut. Mais quelle espèce d'assurance du salut, M. Curtat enseignait-il lui-même? Nous sa-
1 Nouvelles observations, pag. 168.
HOUVEM. P.EL1G. II.
vons déjà par le témoignage de Vinet que le vénérable doyen de Lausanne ne permettait aucune assurance individuelle du salut. Pour lancer à coup sûr cette affirmation, Vinet n'avait eu besoin que d'ouvrir les brochures de son ancien maître. L'assirrance du salut dont parle M. Curtat est une assurance qui dépendrait du travail de la sanctification, ou, comme il s'exprime lui-même, de la sainteté produite par la foi1. En conséquence, le chrétienne serait assuré de son salut que dans la mesure de sa sainteté personnelle. Mais l'on sait que plus le chrétien devient spirituel, plus aussi il se voit éloigné de la sainteté. Il n'arrivera donc jamais à l'assurance et, au fond, c'est bien là la pensée de M. Curtat et ce qu'il fait assez connaître, lorsqu'il parle indifféremment de l'assurance ou de \ espérance du salut, comme s'il y avait synonymie parfaite entre ces deux termes. Ou nous nous trompons fort, ou c'est là du catholicisme pur et simple. Il est tout naturel que M. Curtat accusât les méthodistes de renverser l'ordre de la grâce, du moment que lui-même rejetait si complètement à l'arrière-plan l'assurance individuelle du salut.
M. Curtat doit-il être envisagé comme le représentant le plus authentique de l'état de la doctrine dans le canton de Vaud, au moment où éclate le mouvement religieux auquel on a donné le nom de réveil? La faveur si générale qui accueillit les écrits du doyen nous porte à penser que bien peu de pasteurs se seraient élevés contre l'enseignement dogmatique qui y est contenu. Ce ne sera donc pas faire violence à la vérité que d'envisager les dits écrits comme renfermant l'exposition la plus nette de la doctrine généralement professée à cette époque, dans l'église vaudoise. Cependant, à bien des égards, M. Curtat était plus
1 Nouvelles observations, pag. 183 et 206.