‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 36 sur 215 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ce qu'il fût suivi contre lui par procédure et à n'être pas mis en arrestation ; il offrait pour cela une caution. Le 12 octobre, il se présenta sans avocat devant le tribunal et plaida lui-même sa cause. La partie publique concluait à dix-huit mois de bannissement et aux frais et le tribunal à cinquante francs d'amende et aux frais; mais la partie publique et M. Olivier lui-même interjetèrent appel. Le procès traîna ainsi en longueur jusqu'au 23 août 1825, jour où le tribunal d'appel condamna le prévenu à six mois de bannissement hors du canton et aux frais.

Henri Olivier n'avait, paraît-il, pas attendu la sentence du tribunal pour se rendre de nouveau à Paris, où il s'y était rencontré avec son frère François, avec Charles Rochat et Chavannes. A ce propos, un pasteur français, domicilié dans le canton de Vaud et qui visita Paris au printemps de 1825, écrivait à un de ses amis (28 avril) : « Ce qu'il y a de remarquable chez nos exilés, c'est que leurs lèvres ne s'ouvrent à aucune plainte, ni contre les gouvernants, ni contre les tribunaux: ils prient le Seigneur de les éclairer les uns et les autres. Le beau côté de la médaille est évidemment à eux1. » Ils s'occupaient tous à des œuvres d'évangélisation et de prédication. François Olivier qui resta huit ans à Paris et qui n'en revint qu'en 1832, avait établi des réunions qui grandirent rapidement et furent même très fréquentées. Son frère Henri, après avoir aussi consacré quelque temps à cette œuvre, visita, comme évangéliste, le midi de la France, puis fit, en qualité de missionnaire, un assez long séjour dans le Bas-Canada. Charles Rochat alla de Paris en Angleterre et ne revint au canton de Vaud qu'en 1828, pour desservir, à titre de pasteur, l'église dissidente dont il avait été le

1 Bumier. Notice sur A. Rochat, pag. 128.

fondateur à Vevey. Quant à Juvet, dont nous aurons bientôt à raconter la fin édifiante, ne voulant et ne pouvant pas non plus s'éloigner trop de sa patrie, il se réfugia sur terre de France, à Fernex, près de Genève. Il était déjà bien malade, et deux de ses amis, dont l'un était M. le pasteur L. Leresche* , de la bouche même duquel nous tenons ce fait, étant allés à cette époque lui rendre visite, furent frappés de l'état de sa santé et de son dénûment. Au retour, ils s'arrêtèrent à Nyon, où ils virent le colonel Guiguer et le conseiller d'état Soulier, auprès desquels ils insistèrent pour que l'on fournît à Juvet de quoi se rendre dans le midi. Ils obtinrent ainsi pour leur ami une somme de 300 fr., qui lui permit de se faire conduire à Nîmes, où il devait, peu de mois après, rendre son âme à Dieu.

Mais n'anticipons pas, et transportons-nous maintenant dans un des plus hauts vallons de notre Jura, à Sainte-Croix.

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