‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 35 sur 215 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

impossible de méconnaître dans les pages écrites de la main de Junod un accent profondément sérieux et convaincu et un sentiment très vif de la justice et de la vérité. On ne peut nier que, dans ces cas-là, il était fait à ces hommes selon leur foi et que la promesse que le Seigneur avait faite à ceux des siens qui seraient traînés devant les tribunaux, se réalisait, dans une grande . mesure, chez ces confesseurs de la vérité et ces défenseurs des droits de la conscience. A la longue, ils devaient triompher des entraves par le moyen desquelles on pensait arrêter leur marche et des chaînes dont on voulait charger, en leurs personnes, la liberté religieuse elle-même. C'est ainsi que les procès provoqués par la loi du 20 mai ont puissamment contribué à jeter du jour sur des questions qui auraient pu, sans cela, rester longtemps encore ensevelies dans les ténèbres d'un traditionalisme étouffant.

Nos lecteurs nous croiront aisément, si nous leur disons que ce n'est pas sans répugnance que nous les promenons avec nous de tribunaux en tribunaux, à la suite des fidèles que la loi du 20 mai atteignait et qu'elle signalait ainsi, sans y penser, à l'attention et à l'intérêt des chrétiens des générations à venir. Mais, comme chacun de ces procès a, plus ou moins, une physionomie particulière ; comme, d'un autre côté, ils nous permettent de saisir l'histoire des idées et des principes qui étaient en jeu et qui entraient en conflit dans cette période d'animation et de luttes religieuses, il nous paraît nécessaire de passer par-dessus nos répugnances et de dresser l'inventaire aussi complet que possible de toutes les iniquités judiciaires qui ont signalé cette époque, tout à la fois lamentable et singulièrement bénie de notre histoire nationale.

Nous avons vu précédemment un jeune proposant arrêté par l'académie dans la carrière qu'il se disposait à embrasser et forcé,

pour arriver à son but, de quitter le canton de Vaud et d'aller en Ecosse réclamer au sein d'une église étrangère, la consécration au saint-ministère l. M. Henri Olivier, car c'est de lui que nous voulons parler, de retour en Suisse, se mit, comme son frère François, à prêcher la Parole de Dieu en dehors des temples dont les chaires lui étaient interdites et à présider des réunions religieuses indépendantes. Se trouvant à Aubonne pendant que son frère était détenu dans la prison de cette ville et y attendait son jugement, Henri Olivier fut surpris lui-même dans une réunion tenue, le 5 septembre 1824, au domicile de M. François. A la suite de la réunion, il y avait eu, paraît-il, des clameurs et des vociférations dans la rue, et la municipalité, craignant de plus grands désordres, déféra l'affaire au juge de paix du cercle.

Traduit devant le juge, Henri Olivier déclara à ce magistrat que, jusqu'à l'arrivée de la police, tout avait été fort calme dans la rue et que c'était cette arrivée même de la police qui avait provoqué un rassemblement et des cris. On avait jeté une telle quantité de pierres contre la maison, que, dans l'allée seule, on en avait ramassé un quarteron. Le juge de paix s'imaginant, sèmble-t-il, élever le débat à une hauteur convenable et montrer qu'il n'était pas sans lettres, demanda à M. Olivier si lui et ses adeptes n'étaient pas réunis en assemblée de sectaires et suivant l'opinion erronée de quelques philosophes qui était condamnée par l'église!

Selon l'ordre naturel des choses, les prévenus furent renvoyés devant le tribunal du district ; mais comme dans l'intervalle qui s'était écoulé entre la comparution devant le juge de paix et la citation du tribunal, Henri Olivier avait dû se rendre à Paris, et qu'il ne se trouvait, par conséquent, point dans le canton lorsqu'il fut sommé par la voie des journaux de comparaître, il fut décrété de prise de corps. De retour au pays, il demanda à

1 Voir le tome 1er de cette histoire, pag. 277-278.

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