CHAPITRE VIU
sectaires avait été rendu, jusqu'en mai de cette même année, époque où le conseil d'état prononçait les paroles que nous venons de citer, il ne s'était produit aucun nouveau désordre ; mais ce terme n'était pas assez long pour permettre d'asseoir un jugement définitif sur la durée de l'action de la loi, et cette année 4825 elle-même ne devait pas s'écouler sans de nouveaux troubles. Ensuite, et malgré l'ignorance qu'affectait le conseil d'état, le mouvement que l'on avait eu l'intention formelle d'arrêter et d'étouffer n'en était que plus vivace. On avait bien pu disperser au loin les fondateurs de la dissidence, ou les mettre en quelque sorte sous tutelle dans le pays ; les gêner, les entraver dans leur activité religieuse ; dissoudre quelques réunions ; il n'en restait pas moins que ce que Ton arrachait d'un côté se reproduisait de l'autre et même là où l'on aurait pu croire qu'il n'en serait jamais question.
C'est ainsi que les réunions religieuses se multipliaient, s'affermissaient, prenaient de jour en jour plus de consistance et prouvaient, par leur existence et leur multiplicité mêmes, qu'il n'est pas au pouvoir d'une loi d'anéantir une œuvre qui a pour elle la sanction divine. C'est ainsi encore que les églises dissidentes, en particulier, ces églises, qu'en se plaçant au point de vue de l'établissement national on devait considérer comme un immense danger, étaient amenées à se donner une certaine organisation et à prendre quelque stabilité. C'est ainsi enfin que, par voie de réaction, le réveil pénétrait de plus en plus dans l'église nationale elle-même, et cela par le moyen de pasteurs encore jeunes ou dans la forée de l'âge, et dont plusieurs devaient jouer plus tard un rôle marquant dans les luttes pour la liberté religieuse.
Parmi les hommes qui occupèrent dès le premier jour une
place importante au sein de la dissidence vaudoise, il faut nommer Auguste Rochat. Le fait qu'il avait donné sa démission de pasteur dans l'église nationale et qu'il avait été rayé du rôle des ministres de cette église, ne l'avait cependant point mis sur le même pied que ses amis Chavannes, Juvet, etc.; c'est-à-dire qu'il n'était sous le poids d'aucun arrêt judiciaire et que, par conséquent, rien ne l'obligeait absolument à quitter son pays. Cependant, forcé par l'état de sa fortune, de chercher quelque occupation qui lui fournît, comme il le disait lui-même, son pain quotidien, il se disposait à se rendre à l'étranger et à y accepter toute occupation qui correspondrait aux nécessités de sa position. «Après bien des incertitudes, le Seigneur lui donna, dans une famille anglaise résidant à Nice, tout ce qu'il pouvait désirer, vu surtout l'état de sa santé » Cependant Rochat fut bientôt obligé de quitter Nice, il acheva l'hiver à Montpellier et vint, au printemps de 1825, habiter la jolie ville de Rollé. « Le moment semblait mal choisi pour rentrer chez soi, mais si Rochat redoutait le danger, il n'était pas homme à le fuir. Il se sentit d'autant plus appelé au travail, que le nombre des ouvriers diminuait en même iemps que l'œuvre prenait de l'extension. Le réveil se développait dans de larges proportions ; en sorte que Rochat, à son retour, trouva quelques personnes toutes disposées à faire de lui leur pasteur, et il ne tarda pas à voir que son activité aurait bientôt une marche régulière2!)) En effet, l'église dissidente de Rolle prit peu à peu une grande extension ; elle finit même par devenir la plus importante des congrégations indépendantes de ce type dans notre pays. C'est aussi à peu près la seule qui, à l'heure qu'il est, ait encore des représentants parmi nous. Pendant vingt-trois ans, c'est-à dire jusqu'en 1847, époque de sa mort, Rochat dirigea cette église avec une sagesse et une fermeté admirables.
1 Burnier. — Notice sur A. Hochât, pag. 127. * Burnier. — Idem, pag. 128.