CHAPITRE VIII
A Vevey, l'église dissidente, placée sous la direction de M. Henriqaet, se développait et s'affermissait. Le premier lundi de l'an 1825, eut lieu' la première assemblée de prières pour les missions. Nous signalons ce fait parce que, dès lors, nous retrouverons à maintes reprises la mention du premier lundi de chaque mois, comme d'un jour spécialement consacré à l'œuvre des missions, et que les réunions tenues dans ce jour et dans ce but seront envisagées par l'autorité judiciaire elle-même comme ne tombant point sous le coup de la loi du 20 mai. En outre, c'est grâce à ces réunions du premier lundi de chaque mois que l'idée émise en 1821 a pu être reprise, et que le projet autrefois abandonné s'est réalisé dans la société des missions évangéliques.
A Vevey, comme en général dans tout le canton, les voies de fait, si ce n'est les injures contre les chrétiens séparés, avaient cessé. Toutefois, si l'année 1825 fut, en somme, assez paisible, la loi du 20 mai n'en restait pas moins une épée de Damoclès suspendue sur la tête des gens pieux. C'est ainsi, par exemple, qu'un jeune Brun dut comparaître devant les pasteurs de Vevey, parce qu'il refusait de continuer son instruction religieuse dans l'église nationale. Il paraît que ces messieurs furent très durs envers lui. Au mois de mars, M. Pierre Méjanel, ministre français qui avait séjourné à Genève, édifia le troupeau de Vevey; il y avait tous les soirs des réunions auxquelles les enfants assistaient en grand nombre. Mais le 27 du même mois des cris et des huées précurseurs d'un orage se firent entendre ; de grands rassemblements se formaient devant la porte du lieu de culte. Le juge de paix ordonna à M. Méjanel de quitter Vevey le jour même. Des demoiselles Brun avaient établi une petite école
MOUVEM. RELIG. II.
et remplacé dans leur enseignement religieux le catéchisme d'Osterwald par la Bible. Une plainte adressée par les pasteurs à la municipalité et à laquelle cette autorité prêta l'oreille, eut pour résultat d'enlever aux sœurs Brun les trois quarts de leur gagne-pain. Un des pasteurs de la ville, M. G. de concert avec la municipalité, engageait fortement M. Et. Durand à ne plus recevoir d'assemblées religieuses dans sa'maison. Ce même ministre G. désirait que «les cloches fussent pour les séparés, le chant du coq. » Toutefois, il n'y eut pas de troubles. « La pleine liberté dont jouissaient les chrétiens de Genève, dit à ce sujet l'auteur du Simple narré auquel nous empruntons ces détails, me faisait toujours plus sentir l'oppression de notre pays, mais aussi je sentis mieux ce que notre position avait d'avantageux ; combien elle était propre à serrer les liens de l'amour fraternel, à détruire les divisions, à nous séparer entièrement du monde, et, de plus, à donner aux âmes des vues claires sur ce que devait être l'église de Jésus-Christ et la discipline qui doit la régir. »
L'église de Vevey était en relations suivies avec son pasteur exilé et, de Paris, où il séjournait encore, Ch. Rochat lui écrivait fréquemment. En outre, grâce à la fidélité, à l'activité des membres de cette église ; grâce au zèle du pasteur Henriquet et de quelques frères qui, de Genève1, visitaient ces contrées, le réveil s'y étendit dans le courant de l'automne et de l'hiver suivant ; des âmes se convertissaient à Chardonne, à Jongny et sur les monts.
L'œuvre qui s'accomplissait à Rolle et à Vevey, sur une échelle relativement assez vaste, se poursuivait également ailleurs ; à Orbe, par exemple, où une église dissidente réunissait les âmes pieuses de la contrée, à Yverdon, à Ste. Croix, à la Vallée, où une église de trente membres, présidée par le ministre L. Barbey,
Entre autres Empaijtaz