‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 48 sur 215 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

devait favoriser le mouvement religieux qui s'était manifesté depuis une dizaine d'années dans notre pays... et lui donner une direction sage et vraiment chrétienne. Les rédacteurs ne visaient ni au mérite littéraire, ni à celui de ne présenter que des articles originaux. A ce dernier égard ils livraient immédiatement la preuve de ce qu'ils avançaient, car le premier article qu'ait inséré la Feuille, était un extrait du commentaire de Th. Scott sur le Psaume XC.

La publication qui débutait ainsi et qui révélait l'esprit dont elle serait animée en prenant pour épigraphe les deux passages 1 Cor. XIV, 26 et Eph. IV, 15, cette publication, disons-nous, tout en reconnaissant qu'il y avait dans notre pays des sources nombreuses d'édification, estimait qu'il y avait place encore pour un journal renfermant des paraphrases ou explications de la Bible, de courtes expositions des doctrines et des devoirs du christianisme, des fragments historiques, des extraits d'ouvrages imprimés ou manuscrits qui ne seraient pas généralement connus, des pensées détachées, des biographies, des poésies religieuses et des annonces de livres vraiment recommandables. La Feuille voulait, en outre, mettre ses lecteurs au courant des progrès du règne de Dieu et de l'œuvre des missions parmi les peuples païens *. On sait trop bien comment cet excellent journal a rempli son programme pour qu'il soit nécessaire d'insister ici sur ce point. La Feuille s'était, dès le début, interdit toute polémique et ce n'est même que depuis 484-5 qu'elle a admis quelques articles plaidant la cause de la tolérance et de la liberté religieuse. En tous temps, elle a recommandé chaudement l'édification, la vie chrétienne, la saine doctrine, l'amour fraternel. A la vérité, elle n'a point été à l'abri de toute attaque. Et ici nous ne voulons pas parler des attaques si naturelles en pareil cas de l'incrédulité et de la légèreté. Des chrétiens vivants,

1 Feuille religieuse. 1826, N» 1.

pleinement d'acccord du reste avec les rédacteurs de ce journal sur les doctrines évangéliques, lui ont reproché quelque tendance à Yantinomianisme, comme si la Feuille avait parfois cédé aux influences de l'intellectualisme, aux dépens de la sanctification. Nous croyons que ce reproche est trop absolu et même peu fondé. On nous a assuré qu'au contraire, on redoutait la Feuille religieuse, bien plutôt parce qu'elle insistait trop sur la vie, sur la pratique chrétienne, et nous savons que tel est, en effet, le vrai motif de l'opposition que le réveil, dont la Feuille a été au fond l'organe authentique depuis 1826, a rencontré de la part de ceux que l'on pourrait à bon droit appeler des antinomiens, savoir le peuple dans sa grande majorité et les magistrats eux-mêmes.

À son apparition, la Feuille religieuse fut saluée avec sympathie par les chrétiens du canton de Vaud et par ceux de la Suisse française en général ; elle devint même très vite populaire dans nos contrées. A part quelques petites oppositions sans importance, elle ne rencontra pas d'hostilité et, après avoir tiré, à l'origine, à 300 exemplaires, elle en est rapidement arrivée à un tirage de 3800. Un journal politique du temps, le Nouvelliste vaudois1, applaudit même à cette publication, non pas, il est vrai, sans ajouter à ses éloges quelques réserves assez caractéristiques. C'est ainsi, par exemple, que l'organe de l'opposition libérale exprime la pensée qu'« un peu plus de sévérité dans le style, un peu moins d'indulgence pour des originalités parfois trop naïves contribuerait au succès et à l'utilité du journal. » Il serait oiseux de rechercher ici ce que le Nouvelliste entendait par « des originalités parfois trop naïves, » nous pouvons le con-

1 1826, No 35, 2 mai.

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