CHAPITRE XII
bres du conseil d'état du canton de Vaud, l'hommage du plus profond respect des pasteurs soussignés.
Nous ferions assurément injure à nos lecteurs si nous entreprenions de suivre, pas à pas avec eux, le raisonnement des auteurs de la pétition ci-dessus. A la vérité, ce serait calomnier l'ensemble du clergé vaudois de cette époque que de lui attribuer une complète uniformité de vues et de sentiments avec cet inconcevable factum. Une telle profession de foi n'en est pas moins un signe instructif non moins que déplorable des idées partagées alors par nombre de pasteurs, et surtout des sentiments étroits et intolérants qui animaient beaucoup des membres du clergé vaudois, surtout parmi les plus âgés. Ne diraiton pas que cette étrange exposition de principes sur le christianisme raisonnable1 a été écrite quarante années plus tard que sa date réelle, et n'offre-t-elle pas déjà un avant-goût assez fort de ce que l'on a appelé de nos jours si improprement du nom de christianisme libéral-"! Nous ignorons, du reste, quel fut le sort dernier de la pétition des pasteurs d'Orbe et Yverdon. Cependant, nous ne doutons pas qu'elle n'ait reçu un meilleur accueil que celle des chrétiens de Nyon. Il était dans l'esprit et dans la politique de nos magistrats de ce temps-là de s'étayer de tout ce qui pouvait donner quelque apparence de légitimité à des mesures intolérantes et complètement opposées à l'esprit de nos institutions. Le plus souvent, il est triste d'avoir à le
1 Cela nous confirme dans la persuasion que cette pièce émanait essentiellement du doyen Elie Rochat, le coryphée, à cette époque, du genévianisme dans le canton de Vaud et qui avait, on le sait, fait sa théologie à Genève.
8 «Tant que nous nous en tiendrons au raisonnable, nous déraisonnerons, » a dit M. de Gasparin.
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reconnaître, les réclamations en faveur de l'intolérance religieuse ont eu chez nous leurs libres entrées auprès du pouvoir; elles ont été écoutées. Dans les temps d'oppression religieuse, on a éprouvé une déplorable satisfaction à invoquer la volonté populaire, sans se demander jusqu'à quel point le peuple, le vrai peuple avait exprimé sa volonté. Que les amis de la liberté religieuse pétitionnent, ils ne sont qu'une minorité et la pétition est mise ad acta; qu'en revanche, quelques hommes, en haine de toute religion prise au sérieux, demandent des mesures restrictives, aussitôt l'autorité supérieure s'empresse de déférer à ces vœux d'une majorité illusoire et de répéter avec une conscience tranquille: Vox populi, voxDei!