CHAPITRE Xn
formes antiques, n'obvie pas aux dissensions et aux schismes; il nous paraît qu'il faudrait quelque chose de plus précis, de plus identique, non point pour dominer sur les croyances et sur les opinions individuelles qui dépendent du libre examen de la raison de chacun, mais pour rappeler à une règle uniforme l'enseignement ecclésiastique, envisagé comme point d'ordre et de discipline ; celui qui d'après sa conscience ne pourrait pas se conformer à cet enseignement serait libre de se retirer et de suivre à une autre carrière que celle du ministère évangélique. Très honorés magistrats, il importerait d'interrompre la succession des jeunes ministres mômiers; nous nous étonnons que la plupart de ceux que l'académie présente aux classes , pour les repourvues, soient plus ou moins entachés du système des mômiers; il nous paraît qu'un des moyens d'obvier à cet inconvénient serait d'exercer une surveillance toujours plus active sur les études académiques. Jl importe que les jeunes gens fassent une bonne philosophie qui exerce leur raison, qui leur en fasse sentir la véridicité et le prix, en sorte qu'on n'entende pas dénigrer la raison, dans nos temples, avilir la nature de l'homme, insulter à son divin Auteur, comme cela se faisait dans les siècles d'ignorance ; il est à désirer que l'on donne aux jeunes gens un bon cours de religion naturelle démontrée par la voie du raisonnement, indépendamment de l'autorité des documents religieux contenus dans l'Ecriture Sainte. Quant à la théologie révélée, nous respectons sans doute ce qui surpasse notre intelligence, mais nous pensons qu'elle ne doit rien renfermer qui implique contradiction avec les lumières naturelles de la raison; nous avons lieu de soupçonner qu'on enseigne aux jeunes gens dans notre académie un calvinisme mitigé, qui est près du calvinisme rigide et étroit, qui est la doctrine des mômiers, il est facile de passer d'un système à l'autre, et de tomber dans le fatalisme , dans un âge où la réflexion n'est pas encore bien mûre, où l'on se contente d'un christianisme tronqué, au lieu de prendre l'ensemble et l'esprit des Saintes Ecritures ; avec l'imagination vive de la jeunesse qui exalte l'amour-propre, on se dit illuminé, inspiré du Saint-Esprit ; on regarde la raison comme une faculté profane et déceptrice dont on ne veut pas même entendre prononcer le nom; on étale un mysticisme renouvelé des siècles de ténèbres, avec lequel on captive dans les villes des femmes à nerfs délicats et un très petit nombre d'hommes à esprit faible; le peuple agricole delà campagne ne comprend rien à tout ce jargon , mais la masse très nombreuse des personnes qui gardent leur bon sens se révolte contre de pareilles idées. Très honorés magistrats, nous sommes persuadés que vous ferez disparaître une pa-
reille contagion de nos temples, que vous la reléguerez tout au moins dans des conventicules obscurs, que le temps et le mépris public finiront par dissiper. Les mesures partielles qui ont été prises jusqu'à présent contre ceux qui n'enseignent pas une doctrine convenable dans nos temples n'ont fait que pallier le mal, sans l'arrêter; il nous paraît qu'une mesure générale est nécessaire pour rappeler à l'uniformité notre enseignement religieux et public, pour le mettre en harmonie avec le catéchisme que l'on fait apprendre au peuple. Les ministres appelés à exercer des fonctions ecclésiastiques nous paraissent devoir être seuls les objets de cette mesure. Très honorés magistrats, nous osons espérer que vous accueillerez nos représentations, nous vous les faisons dans l'intérêt de la religion, nous désirons qu'elle se conserve au milieu de nous dans sa pureté et dans son éclat, et qu'on ne l'avilisse pas en administrant les sacrements hors de nos temples, qu'on ne célèbre pas le baptême et la sainte cène dans des maisons particulières, comme on nous dit que cela se pratique dans quelques endroits; si le zèle a dicté notre démarche, elle est aussi accompagnée d'un esprit de paix et de charité; nous croirions manquer à notre devoir et nous rendre coupables de lâcheté si nous ne défendions selon nos forces le système du christianisme raisonnable contre les attaques du fanatisme dont les invasions turbulentes furent dans tous les temps rejetées et transitoires. Notre système réunit sous sa bannière les hommes éclairés comme les gens du commun peuple, il compte parmi ses partisans les noms les plus illustres, les penseurs les plus profonds qu'ait jamais produits le genre humain, il est fondé pour nous sur le libre examen de nos facultés appliqué à l'ensemble des documents religieux, nous en avons la conviction et le sentiment intime, bien mieux, sans doute, que les sectaires fatalistes n'ont le sentiment de leurs prétendues inspirations surnaturelles. Non, vous ne permettrez pas, très honorés magistrats, qu'une théologie contradictionnelle et obscurantiste lutte dans nos temples contre la saine raison, qu'elle fasse rétrograder notre civilisation et nos lumières, qu'elle renverse notre liberté pour nous replonger dans l'esclavage, qu'elle nous reporte, en un mot, dans les siècles de ténèbres et de barbarie. C'est en continuant à vous montrer les protecteurs du christianisme raisonnable que nous avons le bonheur de professer, que vous acquerrez des droits toujours nouveaux à notre reconnaissance et à celle des amis de la raison et de la religion, qui sont les plus nombreux dans le pays que vous gouvernez d'une manière si sage et si paternelle.
Agréez, très honorés monsieur le landammann et messieurs les mena-