CHAPITRE XIII
sur la nature de l'église, sur les relations normales et légitimes de la société civile et de la société religieuse. Sous l'influence de la persécution et des circonstances générales, ces églises étaient arrivées très promptement à des vues, en grande partie, saines et logiques sur ces matières dont l'étude devait bientôt occuper quelques-uns des plus grands esprits du siècle. L'établissement des églises dissidentes, on peut le dire, avait opéré une rupture avec le passé ecclésiastique du pays, et l'influence du nouvel état de choses, né de cette rupture même, devait être immense. Ce n'est pas, sans doute, que la dissidence soit arrivée en tout et partout à des vues parfaitement justes, parfaitement fondées sur la parole de Dieu, par exemple, dont elle invoquait cependant le témoignage, ou encore à une saine intelligence de l'esprit humain et des conditions d'existence de la société chrétienne au milieu du monde. La dissidence, il n'est pas permis de le nier, a fait de nombreuses et de lamentables écoles et elle a fini par succomber à ce que nous pourrions appeler des vices de conformation, des défauts organiques. Néanmoins, elle a accompli une grande œuvre au milieu de nous, elle a rendu des services signalés, soit par son travail d'évangélisation, soit aussi par les questions qu'elle a remuées, étudiées, expérimentées et qu'elle a par conséquent fait apprécier pour le plus grand bien de l'église tout entière dans notre canton. Si ces derniers résultats n'ont pas été immédiats, si même ils ne sont pas encore complets, l'impulsion n'en a pas moins été donnée, le mouvement, commencé alors, a continué et nous pouvons croire qu'il ne s'arrêtera plus.
L'année 1826 a été une année importante pour la dissidence vaudoise. Les diverses congrégations qui s'étaient constituées dans le canton et que l'on désignait ou qui se désignaient elles-
mêmes sous les noms d'églises selon la parole1, ou églises disciplinées (Fr. Olivier et Fivaz), églises de Dieu, ou églises des élus (les frères Rochat), églises de Chrisl, ces congrégations, disons-nous, paraissent avoir éprouvé à cette époque le besoin de définir et de préciser autant que possible leur position en face de la loi et de l'autorité. Comme il n'existait entre elles aucun autre lien que celui d'une foi commune et d'une organisation intérieure analogue; comme elles étaient indépendantes les unes des autres, fort jalouses même de cette indépendance, et, par suite, nullement disposées à adopter une organisation synodale, elles ne pouvaient songer à des démarches communes, et elles n'y songèrent pas d'abord. Cependant, au printemps de 4826, elles concertèrent une semblable démarche au sujet de laquelle A. Rochat écrivait les lignes que voici (19 août): « Les églises séparées projettent une adresse pour demander qu'on leur fixe le local et les heures des assemblées et qu'on les tolère... Je suis assez indécis à cet égard ; on a déjà fait une pareille démarche avant la loi (du 20 mai). Nous ne ferons peut-être qu'exciter une surveillance plus sévère à notre égard ; d'un autre côté nous montrerions par là que nous cédons au gouvernement en tout ce que en quoi nous pouvons céder, et que nous ne demandons pas mieux que de lui complaire en ce qui n'est pas contre notre conscience. Notre pétition aurait l'avantage d'exciter dans le grand conseil une discussion qui pourrait préparer pour d'autres temps une opinion plus favorable. L'on réussit quelquefois à force de persévérance2. » Le résultat des délibérations auxquelles les frères séparés se livrèrent sur ce point, fut, paraît-il, que, au lieu d'une adresse commune, les églises enverraient, chacune de son côté, une pétition au conseil d'état et non au grand conseil. Dix ou onze adresses d'une rédaction identique, ou à peu près, furent donc, dès le mois de mai, en-
1 Elles-mêmes ne se sont jamais appelées ainsi. i L. Burnier: Notice sur A. Rochat, p. 131.