‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 65 sur 215 · CHAPITRE Xni · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xni

voyées à l'autorité supérieure. Quelques juges de paix refusèrent de servir d'intermédiaires entre les pétitionnaires et le conseil d'état. Ce fut le cas, entre autres, du juge de paix de Rolle qui écrivit à ce sujet à Rochat (9 Mai) : < Monsieur, je n'ai pu apposer mon visa à la pétition que vous m'avez remise, signée par vous, monsieur, et par M. Barbey fils, ministre, parce que je désapprouve hautement toute démarche ayant pour but de se séparer de l'église nationale, et qui, par suite, cause des troubles dans notre heureux canton. » Procédant alors comme l'avaient fait d'autres églises dissidentes, MM. Rochat et Barbey envoyèrent directement l'expression de leurs vœux au conseil d'état. Nos lecteurs seront bien aises de trouver ici le texte qui servit de base aux pétitions des églises, le voici :

Très honorés monsieur le landammann et messieurs les membres du conseil d'état du canton de Vaud.

Les soussignés prennent très respectueusement la liberté, appuyés sur la constitution tant civile que religieuse de ce canton, et principalement sur l'art. 36 de la première, qui dit que la religion évangélique réformée est la religion du canton, de réclamer en leur faveur la liberté de conscience aussi bien que celle du culte dont ils se trouvent malheureusement privés par l'effet de la loi du 20 mai 1824. Ces chrétiens évangéliques réformés s'adressent à vous, très honorés messieurs, comme aux pères du peuple vaudois, et vous supplient, au nom de l'Eternel qu'ils veulent servir eu Jésus-Christ, et selon la confession de foi helvétique, de permettre et de protéger leurs assemblées du dimanche. Ils sont tout prêts à se réunir dans les locaux et aux heures que vous jugerez convenables, sous la surveillance de l'autorité. Ils sont séparés de l'église nationale de notre canton, parce qu'ils y voient des choses contraires à la parole de Dieu et à la confession helvétique, et dont ils sont prêts à donner le détail, si on le leur demande, comme plusieurs d'entre eux l'ont déjà fait *. Us ne peuvent pas demeurer sans culte, et ils croient de leur devoir et selon la soumission que la bible prescrit envers les puissances supérieures,

1 Au lieu de cette phrase, l'église disciplinée de Lausanne écrivit dans sa pétition la suivante: «Ils sont séparés de l'église nationale de ce canton, et se sont constitués en églises disciplinées, selon l'ordre de Jésus-Christ et de ses apôtres, discipline sous laquelle ils veulent vivre et mourir. »

de solliciter très instamment de votre paternelle bienveillance ce que vous ne refusez ni aux catholiques romains, ni aux anglicans, ni aux juifs, ni à tant d'autres sociétés particulières, et qu'ils n'auraient par conséquent pas besoin de demander, si, au lieu de se rattacher, comme ils le font, à la foi de leurs pères, les réformateurs, ils se fussent, ce qui est tout l'opposé, joints aux catholiques romains.

Ces chrétiens évangéliques réformés, en attendant qu'il vous plaise de faire droit à leur juste demande, se répandent en vœux pour vos personnes et pour la patrie, priant Dieu, leur Créateur et leur Sauveur, de verser sur vous et sur elle les bénédictions de sa Providence et de son Saint-Esprit par Jésus-Christ.

Agréez, très houorés monsieur le landammann et messieurs les membres du conseil d'état, l'hommage de leur profond respect. 29 mai.

IIÏ

Auguste Rochat ne s'était, du reste, pas trompé lorsqu'il avait prévu que le conseil d'état ne répondrait à ces pétitions, si convenables cependant, que par un redoublement de rigueur contre les assemblées des fidèles. Il semble que l'autorité supérieure n'ait vu dans des démarches de cette nature qu'un motif de plus d'exagérer encore le régime de la loi du 20 mai. C'est ce que le juge de paix faisait entendre à MM. Rochat et Barbey, lorsque le 9 juin il leur écrivait de nouveau: « Messieurs, en vous disant séparés de l'église nationale, vous avez adressé une pétition au conseil d'état pour lui demander de pouvoir célébrer votre culte particulier, il me charge de vous répondre, messieurs, que votre demande étant contraire à la loi du 20 mai 1821, il n'a pu la prendre en considération1. »

Ainsi repoussés dans leurs demandes individuelles et ne voulant cependant point renoncer à l'espoir d'obtenir l'objet de leurs désirs, les églises dissidentes essayèrent alors d'une démarche collective auprès de l'autorité supérieure et, peu de mois

1 Burnier. Notice sur A. Rochat, pag\ 132.

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