CHAPITRE XV
toujours plus nombreuses. A côté de l'intérêt qu'elles avaient pour but premier d'exciter en faveur de l'œuvre des missions, elles offraient un moyen d'évangélisation. A Vevey, en particulier, on vit alors de bons pasteurs profiter de ces réunions pour adresser aux assistants des prédications d'appel. M. Vulliémoz revenait fréquemment d'Yverdon visiter ses anciens paroissiens de Gorsier, parmi lesquels, malgré une forte opposition de la part du monde, le réveil continuait à se faire sentir. Mais, depuis le dimanche 10 décembre jusqu'au vendredi suivant , il y eut tous les soirs un charivari. Le désordre commença ce dimanche-là, à l'occasion d'une réunion tenue chez un vigneron et présidée, paraît-il, par un autre vigneron dont le nom devait bientôt acquérir un certain retentissement; c'était Lenoir, de Villeneuve, membre de l'église dissidente de Vevey. M. Vulliémoz étant arrivé le lendemain, sa présence dans la localité excita toujours plus les adversaires des réunions. Aussi, lorsque, quelques jours après , M. Vulliémoz qui était encore pasteur national, voulut tenir une réunion du soir chez un vieillard aveugle, le père Dupraz, le juge de paix se hâta-t-il d'envoyer un agent de police avec ordre de dissoudre l'assemblée. Celle-ci ne se sépara cependant point avant la fin du culte, malgré les sommations réitérées que le juge de paix faisait adresser depuis la porte, sur le seuil de laquelle il se tenait.
Nous venons de prononcer le nom du frère Lenoir, Il ne sera pas sans intérêt de dire quelques mots de cet homme, remarquable à bien des égards, et qui fut l'un des ouvriers les plus actifs du réveil, en même temps qu'un zélé partisan de la dissidence.
Alexandre Lenoir, simple cultivateur de Villeneuve, ayant été converti par le ministère de M. Henriquet, vint habiter près de Vevey afin de s'y livrer à la culture de la vigne. Il séjourna d'abord à Chardonne ; mais bientôt après il s'établit comme vigneron à Corseaux. Dans cette dernière localité, on n'avait
aucune plainte à faire sur lui, ni sur sa conduite, mais parce qu'il était « réputé appartenir à la secte que le gouvernement réprouve et qui, par conséquent, doit être surveillée par la police1, )) il reçut, deux jours après son arrivée dans la commune, l'ordre de la quitter dans deux fois vingt-quatre heures. Lenoir en référa aussitôt au conseil d'état et l'ordre arbitraire et tyrannique de la municipalité demeura sans effet. C'est alors que ce frère commença à déployer une grande activité.