‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 76 sur 215 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Les frais étaient à la charge de ces deux accusés et de leurs complices.

Devant le tribunal d'appel, Griffond avait lu un mémoire écrit de sa main, et qui, dans beaucoup de ses parties, était identique pour le fond, à d'autres mémoires composés pour de semblables occasions. L'auteur s'efforçait, en particulier, de montrer que le catéchisme retouché d'Osterwald était contraire à l'Ecriture Sainte. Relativement à l'accusation de prosélytisme adressée aux chrétiens du réveil, Griffond prononça cette parole profondément vraie et qui exigeait bien de sa part quelque courage dans un tel moment et dans un tel lieu : Ce qui fait des prosélytes à notre église cest la loi du 20 mai ! Il terminait son plaidoyer en citant une parole qui ne manquait pas d'un certain piquant et qui avait plus de portée que les juges ne le croyaient sans doute. Un chanoine valaisan exprimant sa pensée sur le mouvement religieux dont le canton de Vaud était le théâtre, avait dit que sans les prétendus mômiers, la religion de Calvin touchait à être éteinte !

Si, maintenant, de la plaine du Rhône nous nous transportons de nouveau dans les environs immédiats de Vevey, nous y serons également témoins de scènes à peu près semblables à celles que nous venons de raconter.

Le troupeau dissident de Vevey recevait, de temps à autre, la visite fraternelle des pasteurs de l'église du Bourg de Four, à Genève. Le 23 juillet 1826, M. Guers s'étant rendu avec M. Et. Durand à Jongny , y présida, chez un M. Mayor, une réunion composée d'environ vingt-cinq personnes. Cette réunion ayant été surprise, un rapport fut immédiatement adressé au juge de paix du cercle de Gorsier, et il s'ensuivit un nouveau procès

pour contravention à la loi du 20 mai. Les prévenus, pour la plupart jeunes gens d'environ vingt à vingt-cinq ans, adoptèrent en présence du magistrat informateur, un système d'abstention complète à l'égard des réponses que l'on attendait d'eux; ils en usèrent de même devant le tribunal de Vevey, bien qu'ils déclarassent ne s'être pas entendus d'avance pour agir ainsi. Toutefois, M. Et. Durand prononça quelques paroles fort énergiques, parmi lesquelles figurait, à plus d'une reprise, le mot & inquisition .

Le tribunal d'appel, auquel celui de Vevey en référa, estima que le refus de répondre était, de la part des inculpés, une désobéissance intolérable ; en conséquence, M. Mayor fut incarcéré et la plupart de ses coaccusés furent soumis à une amende. Toutefois, le jugement rendu par le tribunal de Vevey délivra Mayor de sa prison et mit les frais de cette détention à la charge de Vétat, parce qu'il fut démontré qu'il n'y avait pas eu contravention à la loi du 20 mai. M. Guers, qui était retourné immédiatement à Genève, resta sous le poids d'un mandat d'amener. Le 5 décembre, le tribunal d'appel, après avoir entendu l'accusateur public en chef se lamenter sur le « spectacle désolant de ce que devient une vertu poussée à l'excès, » maintint la prise de corps décrétée contre Guers, condamna Mayor à 100 fr. d'amende, et Durand, ainsi que la plupart des autres accusés, chacun à 5 fr. et solidairement aux frais de la procédure.

Pas plus que les pr ocès antérieurs, celui auquel nous venons d'assister ne devait entraver les progrès du mouvement religieux dans le canton et le développement de la dissidence. C'est ainsi que les assemblées du premier lundi du mois, qui, du reste, n'avaient point en elles-mêmes un caractère dissident, devinrent

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