CHAPITRE XVI
paient, et pour eux, s'ils avaient tout à craindre de la sévérité des lois et de l'hostilité générale, ils avaient aussi tout à espérer de la bonté de la cause dont ils étaient devenus les avocats et les victimes. Il n'en était pas de même des pasteurs nationaux fidèles. D'abord peu nombreux, ils étaient mal vus de la plupart de leurs collègues, et leur jeunesse n'était pas même un titre en leur faveur. Ce n'est que peu à peu que leur nombre s'augmenta, et cela, au grand regret de la plupart des pasteurs plus âgés. Ensuite, ils rencontraient dans les institutions de l'église à laquelle ils appartenaient, des obstacles souvent très grands à une activité pastorale tant soit peu intime et efficace. Le gouvernement les tenait en bride, et il leur faisait sentir parfois très rudement qu'il ne leur laisserait que la mesure de liberté strictement nécessaire à l'accomplissement de leurs fonctions légales. Aussi nous ne nous étonnerons pas d'entendre tel des jeunes pasteurs vivants que l'église nationale possédait déjà, parler des institutions vicieuses de cette église et attirer l'attention de ses collègues sur les moyens d'y remédier. Plus un pasteur se montrait pieux, zélé, actif, plus il donnait d'ombrage au gouvernement et s'attirait de désagréables avertissements. C'est ainsi, par exemple, que M. D. T., de Bonvillars, lieutenant du conseil d'état pour les districts de Grandson, Yverdon et Orbe, rencontrant un jour M. L. Germond, alors suffragant de son beau-père, M. Wist, pasteur à Saint-Maurice, lui disait : « Ah! monsieur Germond , monsieur Germondl prenez garde; vous parlez avec quelque facilité, mais votre doctrine, ah ! votre doctrine ! elle ne plaît pas au gouvernement! »
En 4826, ce même ministre de Christ était dénoncé au conseil d'état comme « donnant, depuis quelque temps, prise aux soupçons d'une conduite équivoque et comme ayant fait un sermon de méditation, où toute la secte des curieux se trouvait, au grand scandale des paroissiens qui se proposaient de ne plus
venir à ses sermons. » En réponse à cette stupide accusation, M. Germond écrivit au conseil d'état et, tout en se plaignant d'avoir été tiré en cause par un homme qui n'avait aucun droit à exercer sur lui une inspection (c'était le syndic de Champagne), il invoquait l'état paisible de la paroisse et les témoignages nombreux d'affection qu'il en avait reçus. Quant au sermon incriminé et qualifié de méditation, M. Germond n'avait pas eu le temps d'en préparer un autre, et ce sermon, du reste, invitait fortement à l'union et au support mutuel. La secte des curieux se composait de deux ou trois personnes étrangères à la localité.
Des faits de cette nature nous prouveraient, au besoin, que les pasteurs nationaux vivants étaient très entravés, très gênés dans une activité qui, pour être plus efficace, aurait demandé une liberté très étendue. Nous comprenons qu'ils fissent aux dissidents l'impression d'hommes garrottés et dont, par conséquent, la position était aussi fausse que douloureuse. C'était sans doute là le sentiment qui animait M. Alex. Chavannes, lorsque, rencontrant un jour M. Germond près de Grandson, il lui disait: «Eh bien, cher ami, ne vous sentez-vous pas fatigué de paître des boucs, et ne voulez-vous pas paître les brebis du Seigneur?» Faisons ici toute la part que l'on voudra à l'exagération que trahit une semblable parole, il n'en reste pas moins cette impression, que les pasteurs nationaux vraiment évangéliques et zélés n'étaient pas mieux compris que les dissidents eux-mêmes, de l'immense majorité de leurs paroissiens.
Un travail réel, sérieux, durable, ne s'en accomplissait pas moins chez ces pasteurs fidèles et par eux, dans l'église ellemême. A l'époque à laquelle nous sommes parvenus, des signes extérieurs de plus d'un genre prouvent la réalité de ce travail. Bientôt ces signes se multiplieront et permettront de reconnaître l'œuvre qui se sera accomplie, lentement, modestement, mais sûrement. Bornons nous, pour le moment, à mentionner deux