‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 86 sur 215 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

jeta tout entier de ce côté, et son étroitesse d'esprit et de vues lui fit faire absolument fausse route. Aussi, nul de ses collègues ne dut s'étonner beaucoup en apprenant l'année suivante, que Lardon avait renoncé à son poste de pasteur, sans se séparer, toutefois, de l'église nationale. Mais cette séparation était déjà moralement accomplie et la rupture définitive ne devait pas tarder beaucoup.

Des faits comme celui-là devaient produire une impression douloureuse sur les pasteurs évangéliques et augmenter le malaise qu'ils éprouvaient à demeurer dans une église au sujet de laquelle beaucoup en étaient déjà à se demander si elle était vraiment une église? Aussi le pasteur Ch. Dapples, de Lutry, en annonçant à ses collègues (9 avril 1827) la démission de Lardon, exprime-t-il le désir ardent que l'église nationale soitbientôt dans un meilleur état. « Il est difficile, dit-il, de bien remplir les fonctions pastorales sans une organisation ecclésiastique quelconque. » Déjà, M. S. Pilet-Joly, répondant à la lettre de Lardon que nous avons analysée plus haut, constatait « le triste état de la majorité de notre église. » Les raisons invoquées par le pasteur de Bière lui paraissaient être d'une grande force ; elles lui montraient « une perspective de combats pour nous tous. » « Il me semble, ajoute-t-il, que, dans cette correspondance, je vois se former la phalange qui aura à lutter un jour contre le pape vaudois, le démon de l'usage. » Et comme s'il prévoyait que les dissidents auraient un jour plus d'une leçon à donner aux ministres de l'église nationale, sur la vraie manière d'envisager la question d'église, Pilet écrivait à la marge de sa lettre : « Si l'on étend cette correspondance à d'autres frères, je me recommanderais pour qu'on n'oubliât pas nos frères, ministres de l'église séparée. Nous leur devons la main d'association et ils pourraient nous aider à connaître la plaie d'Israël. » Il est regrettable que cet excellent conseil n'ait pas été mieux suivi et que beaucoup d'entre les pasteurs évangéli-

ques se soient montrés si exclusifs à l'égard des dissidents, si froids dans leurs rapports avec eux et si esclaves de l'opinion publique. Bien peu d'entre eux savaient imiter l'exemple de l'excellent Brousson, alors pasteur au Sentier, et qui, tout en combattant les dissidents, tout en leur adressant à eux-mêmes de longues lettres au sujet de leurs vues particulières, les considérait comme de « véritables enfants de Dieu , » et parlait de « ces chers frères, » avec une affection évidente.

On voit, par les extraits qui précèdent, quel jour la correspondance fraternelle jette sur l'état de l'église nationale à cette époque, et sur les vœux, les désirs, les aspirations de la portion franchement évangélique du clergé. On sent qu'un travail intérieur s'accomplit et que l'on marche à la rencontre d'événements également sérieux pour l'église nationale et pour la cause de l'Evangile dans notre pays.

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