‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 85 sur 215 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

christianisme. » M. Burnier ajoutait que la bonne nouvelle semblait être, en effet, très nouvelle dans sa paroisse (Gland), et que peu la trouvaient bonne. Depuis quatre ou cinq semaines, disait-il, il n'était pas entendu par la douzième partie de ses paroissiens.

Le pasteurF. Monnerat, au Lieu, estimait que « l'on n'insistait pas assez sur le détail des mœurs dans les conséquences ou exhortations qui terminaient la plupart des sermons et que l'on se renfermait d'ordinaire dans des phrases générales sur la sanctification. »

La vue d'une immoralité et d'une corruption , malheureusement trop générales, devait nécessairement amener les pasteurs fidèles à rechercher le remède à un tel état de choses. Aussi la question d'une discipline à établir ou à rétablir dans l'église nationale occupe-t-elle , de bonne heure , les membres de la correspondance. L'un d'eux, qui, peu d'années après, devait acquérir une certaine célébrité comme chef d'une secte nouvelle et bizarre, le pasteur Lardon, de Bière, desservait depuis deux ans un poste dans l'église nationale. Il connaissait toutes les misères de celle-ci , et il pensait qu'on n'y pouvait demeurer fidèlement qu'en combattant, selon ses moyens, pour sa restauration. Dès l'origine du réveil, ce pasteur s'était trouvé en relation avec une grande partie des fidèles qui avaient suivi la voie de la dissidence.

Dans une lettre datée de Bière, 24 novembre 1826, M. Lardon se montre très préoccupé de la question de Y excommunication. Il se demande si l'on peut espérer pour l'église nationale, « soit tôt, soit tard, » une discipline? Et si l'on ne peut avoir, à cet égard, aucun espoir, est-on fidèle en conservant au sein d'une telle église le nom de pasteur et en s'y donnant comme tel? Lardon fait part à ses frères des angoisses qu'il éprouve au sujet de l'admission des catéchumènes, et il leur pose cette question : Notre église, telle qu'elle est constituée et qu'elle marche à présent,

peut-elle être envisagée comme une église conforme à l'Evangile et que Dieu approuve dans ses institutions? Lardon rappelle l'indépendance de l'église primitive et la discipline qui y était observée. Il demande qu'on lui prouve que la proposition cidessus peut être soutenue affirmativement. Il revient constamment sur ce sujet, et il est évident qu'il se sent malheureux dans l'église nationale, dont il ne peut approuver comme bon l'état actuel. Son espérance de la voir s'améliorer diminue aussi graduellement ; il prévoit la formation d'une nouvelle église qui s'établira sur les ruines de l'ancienne. Aussi faut-il instruire les paroissiens. Lardon pense bien que plusieurs de ses frères le soupçonneront de pencher du côté de la séparation; mais non, et sans dire pourquoi, il affirme que loin d'être plus attiré par l'église des frères séparés du canton, la leur serait peutêtre celle qu'il rechercherait avec le moins d'empressement. Cette déclaration ne laisse pas que d'être assez curieuse, car on aurait pu supposer tout le contraire ; cependant, Lardon pouvait être déjà entraîné par son caractère propre et par son imagination déréglée à trouver le point de vue des dissidents encore trop timide. Et comme on se connaît fort peu soi-même, le pasteur de Bière termine sa lettre en invitant ses frères à ne pas le prendre pour « un esprit inquiet et remuant, pour un révolutionnaire ecclésiastique. » Or, c'est précisément ce qu'il était déjà et ce qu'il est devenu de plus en plus.

Lardon avait reçu de Dieu de beaux dons et il se montrait puissant dans la prédication. Sa fidélité chrétienne était caractérisée par un rare courage en présence de l'opposition. Mais cet homme manquait d'équilibre et lorsque son imagination l'eut entraîné dans des bizarreries et des erreurs regrettables, il se

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