‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 5)Chapitre 88 sur 215 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

par sa Lettre aux jeunes ministres vaudois qui avaient figuré dans le conventicule de Rolle. Puis, il s'était abstenu de prendre part à la lutte dans ce qu'elle pouvait avoir de local, et il semblait se recueillir pour observer les faits et les étudier dans leurs relations avec les idées et les principes. C'est alors que, sans perdre de vue ce qui se passait dans le canton de Vaud, excité même par les événements qui s'y succédaient, il éleva peu à peu la question à une hauteur inconnue jusqu'alors. Les moments successifs de ce travail et de ce développement nous paraissent assez nettement indiqués par les diverses publications de Vinet que nous avons eu l'occasion d'analyser. C'est ainsi qu'après la lettre de 1821 étaient venues, en 1822, la traduction du sermon de De Wette sur Y Epreuve des Esprits et, en 1824, la brochure intitulée: Du respect des opinions, dans laquelle se trouvaient déjà en germe les idées que le Mémoire en faveur de la liberté des cultes devait développer et affirmer en 1826.

Si l'on en excepte toutefois le premier des écrits que nous venons de mentionner, on peut dire qu'il est facile de suivre le progrès graduel qui s'accomplit, chez Vinet, dans le sens de la liberté religieuse et de culte; liberté dont il a été l'un des premiers et des plus illustres champions en Europe. Ce progrès ne marque pas seulement les diverses phases par lesquelles aurait passé la pensée de Vinet, mais il marque bien plus encore le travail de plus en plus vivant et puissant qui s'opère dans une conscience qui a soif de vérité et de liberté par la vérité. Spectacle vraiment admirable et qui aurait dû, semble-t-il, être mieux compris, nous ne disons pas du peuple vaudois, mais des représentants du christianisme dans le canton de Vaud!

C'est, en effet, sous l'influence de ce qui se passait dans notre pays, que le Mémoire a été, si nous pouvons nous exprimer ainsi, couvé par son auteur. Il n'aurait eu qu'à étudier les théories énoncées par le gouvernement vaudois, à observer ta ma-

nière dont le peuple mettait ces théories en pratique, à tenir compte du point de vue auquel se plaçait la majorité du clergé lui-même, pour être convaincu que nulle cause n'était moins comprise que celle de la liberté religieuse, et que nulle cause ne demandait d'une manière plus pressante à être élucidée et défendue. Les événements qui se succédaient dans son canton fournissaient à Vinet autant de preuves de fait à l'appui des principes et des postulats qu'il proclamait. Aussi son livre pourrait-il être considéré comme une énergique protestation locale, aussi bien qu'un éloquent plaidoyer en faveur d'une cause d'un intérêt universel.

Tout le monde sait que le Mémoire en faveur de la liberté des cultes avait obtenu le prix dans le concours ouvert sur ce sujet par la Société de la morale chrétienne. Dans la séance du 13 avril 4826, cette société entendit le rapport présenté par M. Guizot. Le célèbre professeur de la faculté des lettres de Paris analysait en ces termes l'ouvrage couronné : « Il est divisé en deux parties : dans la première, intitulée Preuves, l'auteur traite spécialement de la liberté des cultes et des arguments de tout genre qu'on peut alléguer en sa faveur; dans la seconde, intitulée Système, il considère la question sous un point de vue plus général, examine la nature de la société civile et de la société religieuse, et recherche quel système doit présider à leurs rapports pour que l'une et l'autre atteigne son but propre et soit gouvernée par ses véritables lois1. »

Après avoir signalé quelques légères imperfections du Mémoire, M. Guizot ajoutait : « Mais ces défauts sont bien plus que rachetés par les rares et nombreux mérites dont ce mémoire

Mémoire, etc., pag. 326.

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