‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 105 sur 243 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

pourrait, en effet, nier que MlleGreaves n'ait joué un rôle dans notre mouvement religieux; il suffirait de répondre à une négation de ce genre par le fait assez significatif quun jour le conseil d'état crut devoir expulser Mlle Greaves du canton. Il voyait donc en elle un personnage de quelque importance, et, par la mesure même employée contre elle, il lui aurait donné cette importance si elle en avait été complètement dépourvue auparavant.

Mais en admettant comme positifs les faits qui précèdent, nous ne pensons pas qu'il soit obligatoire d'en conclure que l'influence anglaise ait été prépondérante ni même très considérable chez nous. En tous cas, il importe peut-être de le faire remarquer dès à présent, l'influence anglaise n'a pas poussé le réveil vaudois dans la voie de la dissidence. Mlle Greaves, en particulier, appartenait à l'église nationale d'Angleterre, et elle s'est montrée plutôt opposée que favorable à la dissidence, lorsque, dans la suite, celle-ci a éclaté chez nous l. Dans une lettre, datée du 19 janvier 1820 et adressée évidemment au doyen Curtat, elle rendait hommage à la pureté de la foi enseignée dans l'église du canton de Vaud, et en témoignant pour le premier pasteur de Lausanne beaucoup de respect et d'affection, elle déclarait qu'elle le regardait comme le véritable père de cette église, La crainte de voir des sectes surgir dans le canton de Vaud travaillait déjà les esprits, et Mlle Greaves ayant appris que son intention de réunir chez elle quelques personnes le dimanche soir, avait assez déplu au doyen pour qu'il conseillât aux proposants de n'y pas assister, fait part à M. Gurtat de son chagrin en même temps que sa résolution de renoncer à ses projets. Elle avait voulu, dit-elle, son édification personnelle en même temps que fournir aux jeunes messieurs (sic), l'occasion de passer le dimanche soir convenablement. En cela, elle cherchait à faire du bien, non selon

1 Lettre de M. Jayet à la Discussion publique (1831), page 74.

ses vues, mais parce que personne ne lui fournissait d'autres moyens. Au reste, ajoute-t-elle, non sans une pointe d'ironie, elle est étrangère et elle reconnaît que ce n'est que dans son pays qu'il est permis aux femmes de dépasser les bornes prescrites à leur zèle par l'usage. Nous ne pensons pas que cette lettre, malgré tout ce qu elle renfermait de bon et de vrai, ait calmé les craintes du doyen qui suspectait déjà les intentions de ces étrangers, de ces Anglais, dont il allait bientôt attaquer si rudement le prosélytisme religieux.

Le nom de Mlle Greaves est le seul nom étranger, le seul nom anglais du moins qui ait bien réellement acquis une certaine notoriété, dans notre pays, aux premiers jours du réveil vaudois. A l'heure qu'il est, ce nom n'est pas encore tombé dans l'oubli, pas même chez les ennemis du mouvement religieux dont notre temps a été le témoin. Sans doute, il serait possible de citer d'autres noms, comme celui de Robert Haldane, par exemple. Mais si M. Haldane a été, à Genève, l'instrumentd'un grand bien, nous n'avons découvert aucun document prouvant qu'il ait eu une action sensible, positive sur le canton de Vaud. Nous l'avons vu assister en 1817 à l'assemblée générale de la société biblique de Lausanne, et nous savons qu'il était en relation avec MUe Greaves. Nous pouvons croire qu'il s'intéressait vivement aux progrès du règne de Dieu dans notre canton. Mais tout cela ne constitue pas encore une action directe sur une société ou sur un pays. Quinze ans après la visite de M. Haldane à Lausanne, on pouvait écrire dans les journaux religieux qui paraissaient alors dans cette ville, de longues lettres sur lesorigines du réveil, sans donner au nom de M. Haldane une importance particulière ; et cela, non par ingratitude, mais parce que ce nom ne se liait pas assez

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