‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 110 sur 243 · CHAPITRE XII. \SH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. \SH

du monde. Mais cela ne prouve qu'une chose., c'est qu'autrefois le rapprochement entre la piété et la mondanité ne s'était guère accompli qu'aux dépens de la première, forcée ainsi de descendre au niveau de la seconde.

Malgré leurs bonnes intentions incontestables et le désir qui les animait de travailler, selon leurs lumières, au bien moral et spirituel de notre peuple, les pasteurs ne pouvaient pas donner ce qu'ils ne possédaient pas eux-mêmes. Trompés par des illu sions inexplicables, et vivant, du reste, sur les traditions dn passé, ils envisageaient le peuple vaudois comme un peuple chrétien, et, à l'exemple du doyen Gurtat, ils se refusaient à voir dans l'église du pays deux classes d'hommes, les convertis et les non convertis. Ce peuple, par conséquent, s'entendarit appeler chaque dimanche chrétien, prenait pour lui tout le bénéfice de ce nom, sans en accepter ni même en comprendre les devoirs et les charges. Aux jours de grande communion, on le voyait revendiquer, en masse, ce qu'il envisageait comme son droit et s'acquitter, sans aucune hésitation, de ce qui, à ses yeux, était un devoir civique tout autant que religieux. C'est ainsi qu'avaient vécu les pères ; c'est ainsi qu'à leur tour les fils devaient vivre et, dans la pensée de tous, c'est ainsi encore que feraient les arrièreneveux. Est il nécessaire de faire remarquer que la tradition de ce christianisme facile et formaliste ne s'est, en effet, que trop bien transmise des pères aux fils et aux petits-fils?

Malgré tout, cependant, les détails que renferment les pages précédentes témoignent de quelque changement dans l'état religieux du pays. Il ne faudrait, à la vérité, pas plus exagérer ce changement qu'il ne serait juste de l'amoindrir et de le mécon-

naître. Nous avons déjà constaté plus que des préoccupations religieuses vagues et flottantes; nous avons signalé des faits positifs. Rappelons sommairement l'action exercée par la société biblique, dont les résultats, à ce moment, sans être très considérables, étaient cependant déjà dignes d'attention. Nous en dirons autant de l'effet produit par les premiers traités religieux. On commence évidemment à se familiariser avec certaines idées, avec ce que l'on pouvait alors appeler des innovations en matières religieuses. Des besoins nouveaux sont réveillés, ils s'accusent d'une manière très modeste, très restreinte encore; mais c'est déjà quelque chose.

Un fait important et dont il faut tenir le plus grand compte, c'est que des pasteurs, en petit nombre il est vrai et plus particulièrement des sufïragants, commencent à prêcher l'Evangile d'une manière plus complète et avec plus de pureté et de hardiesse que. ce n'était le cas auparavant. Sous l'influence des circonstances très diverses de nature et de forme que nous avons mentionnées, la prédication de plusieurs jeunes ministres acquiert, vers 1820, un caractère plus net, plus décidé, plus biblique ; l'orthodoxie affadie qui faisait le fond de l'enseignement donné dès la chaire reprend ici et là quelque saveur et affirme plus complètement les grandes doctrines évangéliques que la réforme a remises en lumière. On verra plus tard combien cette prédication surprit généralement etparutentachée d'hérésie, tandis qu'elle n'était que l'écho encore trop affaibli, mais grandissant, de la prédication des Pierre Viret et des Théodore de Bèze.

Chez les futurs conducteurs de l'église, un mouvement intéressant se manifeste aussi, bien que timidement et modestement. Nous avons raconté plus haut les essais tentés par ces jeunes hommes pour ramener parmi eux et dans le pays une vie religieuse plus intense. Nous n'avons pas oublié leurs petites réunions, leurs traductions de traités, leur participation à l'œuvre

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