‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 128 sur 243 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

révolutionnaires en politique comme en religion, et il ne croit nullement à leur sincérité.

Les citations qui précèdent! suffisent pour faire connaître le ton employé par M. Gurtat dans sa polémique. Nous ne relèverons pas dans sa seconde brochure, les divers points auxquels nous avons déjà touché en parlant de la première. Les questions de doctrine et d'église y sont présentées de nouveau et envisagées absolument de la même manière. L'amertume qui déborde de toutes parts se déverse sur ceux que le doyen appelle les étrangers, mais elle a sa vraie cause et sa vraie origine dans la manière dont certains points de la doctrine évangélique commençaient à être accentués par ceux d'entre nos compatriotes, qui se voyaient engagés dans le mouvement du réveil. M. Curtat avait sa théologie, nous l'avons vu, et maintenant deux doctrines se trouvaient en présence, le strict calvinisme, l'élection et la prédestination absolue, représentées par M. Haldane et quelques chrétiens genevois, et la formule plus relâchée, mitigée, semipélagienne, de l'orthodoxie vaudoise et de M. Gurtat. Aussi, ce dernier ne se donne tant de peine pour discréditer les étrangers et les hommes du mouvement, que parce qu'il en veut à leur dogmatique. Ils se trompent, dit-il, sur la rédemption et sur les secours de la grâce de Dieu ; ils renversent X ordre de la grâce, ils faussent l'idée de l'assurance du salut. — Si M. Curtat s'élève si fortement contre l'œuvre des missions, c'est qu'à ses yeux, « tout ce travail de missions est très dangereux au milieu de notre peuple, parce que c'est un masque sous lequel se cache une secte qui vient dominer et corrompre notre foi. » Avec de pareilles idées, comment n'aurait-il pas redouté tout changement, toute innovation dans l'établissement ecclésiastique officiel? Sa théorie des rapports entre l'église et l'état est exposée avec une netteté qui fait certes plus d'honneur à sa franchise qu'à son intelligence de la vraie nature de l'église. C'est sans sourciller qu'il invoque , à l'appui de ses thèses,

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l'exemple des païens: « Tous les philosophes, les politiques et les plus sages législateurs ont constamment uni la religion avec le gouvernement civil. » Et là - dessus , arrivent des citations nombreuses, empruntées à des auteurs anciens ou à desjurisconsultes célèbres, comme Puffendorf et d'autres.

Au reste, pourquoi s'étonner de cette manière d'envisager la question? Les raisonnements de l'auteur, son opposition aux convenlicules, sa polémique s'expliquent quand on se rend compte de son point de départ qui est que la religion (ou son exercice) est du ressort du gouvernement ; absolument comme le militaire, les routes, etc. L'église se recrute par générations et introductions annuelles, comme on recrute nos milices. C'est l'auteur qui souligne! Aussi M. Curtat parle bien de la liberté de conscience, qu'il dit inaliénable, mais à ses yeux il y a un abîme entre cette liberté là et celle des cultes, dont il ne veut pas entendre parler.

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