CHAPITRE I
les ecclésiastiques de la Suisse, pour ne pas parler seulement de ceux du Léman, eurent à souffrir de la suspension de leur traitement.
Le 15 février, toutes les communes du pays de Vaud étaient appelées à exprimer leurs vœux sur la constitution de la république helvétique. En vue de cette votation, on avait eu soin d'assurer au peuple que notre sainte religion serait inviolablement respectée. La précaution que les auteurs de la constitution prenaient ainsi de prévenir et de dissiper les craintes relatives à la religion, prouverait, tout au moins, que les conducteurs politiques du peuple reconnaissaient la puissance de ce moyen de gouvernement sur les esprits et sur les volontés.
Les ministres contribuèrent beaucoup à faire adopter cette constitution, dont l'art. 26, cependant, les privait du titre de citoyens et les excluait de l'entier exercice des droits que ce titre implique. Mais la constitution une fois adoptée, les pasteurs de la classe de Morges firent parvenir sous forme d'adresse imprimée, leurs doléances à l'assemblée représentative, qui appuya cette réclamation, précisément, dit-elle, « en considération de ce que les ministres de la religion avaient coopéré avec le plus grand zèle à l'acceptation de la constitution helvétique. » La classe d'Yverdon et Romainmôtier, ainsi que le colloque de Vevey, réclamèrent dans le même sens que les pasteurs de Morges. La chambre administrative, qui avait succédé à l'assemblée représentative et qui, sous le régime de la république helvétique, fut, en quelque sorte, la municipalité générale du canton du Léman, cette chambre, disons-nous, prit bien, à la date du 24 avril, un arrêté qui reconnaissait à tout ministre de la religion réformée
la liberté de renoncer à la vocation ecclésiastique, mais ce ne fut qu'en 4801 que le conseil exécutif helvétique déclara, en date du 5 juillet, les ministres de la religion éligibles et leur rendit leurs droits civiques
Ainsi les pasteurs avaient de justes motifs de penser que l'ère nouvelle qui s'ouvrait pour leur patrie pourrait être pour euxmêmes une ère de dévouement, de privations et de souffrances. Ils se prêtent cependant à tout ce qu'on exige d'eux, et ils apportent le concours de leur ministère à tous les actes importants qui marquent les étapes de la nouvelle vie politique de leur pays l. C'est ainsi, par exemple, qu'à l'occasion du remplacement de l'assemblée représentative du pays de Vaud par la chambre administrative du canton du Léman, et des changements alors opérés dans Tordre des autorités cantonales et helvétiques, le clergé vaudois s'associa sans réserve, semble-t-il, à la solennité de ce jour.
Le vendredi 30 mars 4798. à 40 heures du matin, les portes de notre belle cathédrale, que l'on appelait aussi Y église de la Cité ou le grand temple, s'ouvraient pour donner entrée dans le sanctuaire aux nouveaux magistrats du peuple. En tête de ce cortège marchait le citoyen Pidou, président de l'assemblée provisoire. Il était suivi des citoyens Jules Muret, président du corps électoral et Maurice Glayre, nommé directeur helvétique. Les voûtes de Notre-Dame retentirent alors de patriotiques accents auxquels elles n'étaient point accoutumées. Les magistrats que nous venons de nommer se succédèrent à la tribune et firent tour à tour entendre à leurs collègues et à la foule qui se pressait dans le temple, des paroles inspirées par l'amour de la patrie et par les espérances qui remplissaient le cœur de tous les assistants, peuple et magistrats. Des chœurs de musiciens
1 Notre clergé, maltraité par la constitution de 1798, suivit vraiment alors les préceptes de l'Evangile: soumission, respect des autorités furent le texte de ses sermons et de sa conduite. (Henri Monod. Mémoires, 1805, tom. II, pag. 118.)