‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 12 sur 243 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

auxiliaires pour lesquels la loi commune n'existait pas4. Néanmoins, il est évident que les pasteurs du pays de Vaud avaient pris l'habitude des difficultés de leur position et, qu'en 1798, ils pouvaient prévoir la perte de certains avantages qui, à leurs yeux suppléaient en quelque mesure à ce qui leur était refusé ou enlevé.

Ensuite, il est positif qu'un certain nombre d'entre eux avaient eu pour les Bernois une très vive sympathie. Ils ne voyaient plus en eux des maîtres, mais des protecteurs de Tordre, de la religion et des mœurs. Ils s'étaient identifiés avec eux dans leur mode de gouvernement de l'église, et ils ne pouvaient envisager qu'avec une angoisse bien naturelle le renversement d'un régime qui, dans leur conviction, avait assuré l'exercice régulier de la religion2. Bien des années après la révolution, des pasteurs, surtout parmi les plus âgés, étaient encore tout bernois par leur manière de voir et par leurs habitudes. Il est vrai que d'autres avaient accepté assez facilement et assez prompfement les idées sous l'influence desquelles s'était accompli l'affranchissement politique de notre pays; plusieurs même

1 Un fait dont il faut peut-être tenir ici quelque compte, c'est que depuis les troubles du Consensus, il s'était formé dans le clergé vaudois un esprit de corps inconscient peut-être, mais réel et hostile à Berne.

s II suffirait de nommer ici le pasteur Phil. Bridel, de Château-d'OEx, celui que notre génération a appris à connaître sous le nom du doyen Bridel. 11 se montra fort peu enthousiaste de l'émancipation de son pays, et si, à la longue, il finit par s'accoutumer au nouveau régime et par le servir fidèlement, il n'alla pas, comme son frère Louis, jusqu'à le recommander dans ses prédications. — De même, Louis Curtat, étant pasteur français à Berne, avait fait paraître, en 1793, un opuscule intitulé: Du gouvernement de Berne, qui n'était qu'une apologie enthousiaste de Leurs Excellences. L'auteur était bernois dans l'âme. 11 est vrai qu'en 1798, après avoir demandé l'assentiment de l'avoyer régnant, il fut aussi un des premiers à envoyer son adhésion à l'assemblée provisoire. — Les pasteurs du pays de Vaud exaltaient volontiers, dans leurs sermons, le gouvernement paternel des Bernois (voir: Sermon d'un pasteur aristocrate du pays de Vaud, par M. Marguerat, 1794), ce qui plus tard devait faire croire qu'avec des exceptions et des nuances, le clergé vaudois était plutôt hostile au mouvement. (Olivier, Hist.de la rév. helv.) « On vit des pasteurs regretter le gouvernement bernois et agir en conséquence. » (Henri Monod. Mémoires.)

avaient embrassé avec une ardeur extrême les principes de la révolution1. Quoi qu'il en soit pourtant de ces nuances, ou même, si l'on veut, de ces divergences d'opinions politiques, nous n'en croyons pas moins à la sincérité des pasteurs adhérant en corps ou isolément, aux résultats du mouvement qui avait expulsé les Bernois du pays de Vaud. On peut regretter quelque chose du passé tout en concourant loyalement à la marche de la société dans le présent.

Du reste, il aurait bien été permis au clergé vaudois de n'accueillir le nouvel ordre de choses qu'avec circonspection et même avec défiance. En effet, sans parler des principes anti religieux qui ne craignaient plus de s'afficher, le premier acte de la révolution fut de compromettre le paiement du légitime et modique salaire dont les pasteurs avaient joui sans contestation ni interruption pendant toute la durée du régime bernois". Déjà le 5 février 1798, plusieurs ministres se plaignent des retards qu'ils éprouvent dans le paiement de leur pension. L'as semblée représentative eut beau ordonner aussitôt que les quartiers échus seraient acquittés sans renvoi, ce premier retard n'en était pas moins de fort mauvais augure, et nous verrons comment, pendant toute la durée de la république helvétique,

1 C'était à coup sûr le cas de ces pasteurs qui s'étaient montrés revêtus de la carmagnole et coiffés du bonnet phrygien. Le doyen Curtat n'en parlait qu'avec indignation. Parmi eux se placeraient au premier rang- le pasteur Bourillon, à Payerne, et le ministre Testuz, à Rolle, qui buvaient publiquement à la coupe de la fraternité. — Si l'on veut se faire une idée du pathos politico-religieux que présentent les discours patriotiques de quelques pasteurs de cette époque, il faut lire le Sermon patriotique prononcé à Morges le 4 février 1798, parle citoyen-ministre Durnaine. — Il est à remarquer cependant, que ce sermon conserve la.doxologie au Père, au Fils et au Saint- Esprit. — Plusieurs pasteurs furent compromis en 1802 dans l'insurrection des Bourlapapay et se montrèrent très hostiles à un retour à l'ancien régime.

* « Jamais, pendant les trois siècles de la domination bernoise, les pasteurs (du pays de Vaud) ne furent dans le cas de concevoir un moment d'inquiétude sur la sûreté et la régularité du paiement des indemnités qui leur avaient été assignées. » (Le doyen F. Monneron, de Lonay. lUflexions sur les affaires religieuses du canton de Vaud. 1831.)

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